
Hallow'
 | Sujet: Re: Halloween \o/ 04.11.11 18:45 | |
| Evènements terminés. Il n'y aura pas de page HTML pour les histoires d'Halloween vu que l'unique participant est Mugi (merci à toi d'ailleurs ...).
Son histoire :
| Spoiler: | | | Titre : La malédiction Genre : OS halloweenesque Pairing : Aucun Rating : Tout public Scénariste : Yusuki Ecrivain : Mumu
« On raconte qu’une fois, un voyageur s’est arrêté dans ce village, disant qu’il repasserait dans quelques jours pour se reposer après une longue balade dans la montagne. Il n’est jamais revenu, mais il est sûr qu’il s’est transformé en yôkai et hante désormais la forêt de la montagne. »
Ce disant, le vieil homme avait pointé du doigt la masse sombre, dans le dos de son auditoire. Les enfants retinrent leur souffle, pour la plupart ils étaient effrayés. Les yôkais, c’était bien connu, surtout ceux de la campagne, ne voulaient pas que du bien aux humains. Le grand-père continua sur sa lancée, l’air totalement désintéressé de ce qu’il disait.
« Vous voulez que je vous raconte l’histoire du jeune garçon, qui, très imprudemment, a décidé d’aller voir ce qu’il en était ? »
Unanimement, la jeune foule massée à ses pieds hocha la tête, avec appréhension tout de même. Ses minces lèvres s’étirèrent en un sourire, un petit rire agita sa barbe.
« -Arrêtes, grand-père, tout cela n’est que racontars… As-tu seulement une preuve de ce que tu avances ? -Petit insolent ! Tu mets en doute la parole de ton aïeul ? Puissent les kamis te punir pour ta bêtise… -Tout de même, elle est très intéressante, cette histoire ! Que dirais tu d’aller voir ça dès ce soir, Kagami ?
Le jeune homme s’était retourné pour demander son avis à son meilleur ami, un garçon de son âge, à peine plus âgé peut-être, assez chétif, et qui avait écouté l’histoire sans broncher, envoûté tout de même par les histoires de fantômes. Ledit Kagami hocha la tête.
-Pourquoi pas. Les yôkais, ça peut être intéressant à observer. Allons-y, mais je te préviens, hors de question de traîner en route, je ne dois pas rentrer trop tard. -Quel rabat-joie ! Dépêchons nous alors ! -Eiji ! Je t’aurais averti ! hurla son grand-père de sa voix chevrotante.
En riant, Eiji dévala la petite pente qui menait au village, chaussures à la main, s’écorchant les pieds sur la rocaille omniprésente. Plus sobre, Kagami le suivait avec juste un petit sourire sur les lèvres. Ils traversèrent en trombe le village sous l’œil noir des femmes, dont ils n’étaient pas très appréciés. Toujours à mettre le bazar, à libérer les poules, à faire peur aux plus jeunes, à provoquer les plus grands… Heureusement, ils ne s’arrêtèrent pas, ralliant d’une traite l’autre versant du col. Enfin arrivés à la lisière de la forêt, à une centaine de mètres du village, ils s’écroulèrent à terre pour reprendre leur souffle, déjà épuisés par une expédition qui n’avait même pas commencé. Kagami, pragmatique, alluma une torche qu’il avait empruntée au passage. La nuit était presque tombée, un souffle de vent, glacial pour la saison, passa. Les deux jeunes garçons frissonnèrent sous leurs yukatas.
-C’était quoi ça ? -Du vent, idiot. -Oui, enfin, il était très froid… -Et alors, le vent n’a pas à se préoccuper de toi pour être froid ou chaud. -Oui, tu as raison. Allons chercher ce yôkai !
Et sur ces paroles, Eiji ouvrit la marche, sifflotant un air joyeux. Il pénétra dans la forêt, talonné par Kagami, qui ne disait mot et observait attentivement chaque recoin que ses yeux lui laissaient apercevoir. La forêt devait être peu accueillante, car aucun animal ne semblait y habiter : pas un pépiement, pas un couinement, rien. Le silence total. Dans la pénombre, les branches s’apparentaient à de longs bras rachitiques qui tentaient de les happer. Eiji reprit son sifflotage de plus belle, de moins en moins rassuré, et Kagami brandit leur torche un peu plus haut. Un craquement retentit derrière eux. En même temps, ils se retournèrent, sur le qui-vive. Rien, rien d’autre que les arbres qu’ils venaient de dépasser. Un nouveau souffle glacé vint leur chatouiller les bronches, et les feuilles des arbres répandirent comme un murmure moqueur. Un peu inquiet, Eiji cessa de siffler et se rapprocha de son ami pour reprendre leur marche, mais alors qu’ils allaient se remettre en route vers le cœur de la forêt, ils virent qu’une lanterne s’était allumée juste devant eux. Puis une autre, et encore une autre, et tout plein de lanternes s’allumèrent, chacune avec un craquement sinistre. Elles formaient un réseau dense et complexe, indémêlable, qui arpentait la forêt. Toutes flambaient d’un feu irréel, avec des reflets bleus et blancs. Eiji se mit à trembler littéralement, et s’apprêtait à faire demi-tour.
-Qu’est-ce que tu fais, Ji-kun ? -Je m’en vais, Kagami, grand-père avait raison, il se passe des trucs louches ici… Allez viens, on rentre. Tu ne devais pas être en retard, tu te souviens ? -Bah, je m’en fiche. Ça devient bien trop intéressant. Et puis, ça ne sera pas la première fois que je découcherais…Je veux y aller. -Tu plaisantes ? Tu n’as pas peur ? -J’y vais. -A…attends !
Trop tard. Kagami, la torche à la main, s’était enfoncé un peu plus loin dans la forêt, et fut comme happé. En quelque secondes, il avait disparu pour le regard d’Eiji. Une troisième fois, il y eut un coup de vent, bien plus violent cette fois-ci, qui éteint toutes les lumières et laissa le jeune homme seul dans le noir, totalement désemparé. « Kagami ! Kagami ! Reviens ! Où es-tu ? ». La forêt, aidée par la montagne, renvoya de toutes parts le cri presque noyé de sanglots. Catastrophé, Eiji se mit à courir, espérant rattraper son ami, et se cogna contre une des lanternes en pierre. Alors, elles étaient bien réelles. Il continua, plus prudemment, essayant d’éviter les petits édifices de pierre, posés ça et là, presque au hasard. Plusieurs fois, il trébucha, et s’étala par terre, le nez dans la terre, les racines, et, s’il était malchanceux, les cailloux. Il n’avait aucun repère temporel, et, après s’être époumoné durant ce qui lui semblait être des heures, Eiji abandonna et se laissa glisser contre un tronc, envahi par la fatigue. Bien vite, il s’endormit, seul, dans cette forêt inhospitalière.
Un rayon du soleil se glissa entre ses paupières, l’obligeant à se réveiller et à ouvrir les yeux. Fourbu de courbatures, il s’étira en battant des cils, et observa, assez étonné, l’endroit où il se trouvait. Puis la soirée passée lui revint en mémoire, il se releva en hâte, et courut jusqu’au village. Il s’était moins éloigné de l’orée qu’il ne le pensait, et, en une trentaine de minutes, il était sur le chemin principal qui traversait le village de part en part. Il demanda, sans trop d’espoir, si on avait vu Kagami. À sa grande surprise, on lui répondit que oui, que son ami était rentré encore plus tôt que lui, en mauvaise santé, et qu’il était rentré chez lui pour se reposer. Travaillé d’inquiétude et de remords, Eiji se pressa chez le jeune homme et demanda à le voir. On le fit entrer, il enleva prestement ses chaussures, s’inclina rapidement et très peu formellement devant la famille et courut presque à la pièce à coucher. Un futon avait été déplié, et Kagami y était allongé, apparemment mal en point.
-Tiens, Eiji… Où es-tu passé hier soir ? -Mais c’est toi qui m’as semé ! Tu aurais pu m’attendre ! -Tu as dit que tu me suivais ! -Absolument pas. Tu as du rêver, tout à ton envie de voir ce yôkai. -Admettons. Mais je n’ai rien vu, rien à part ces fichues lanternes qui semblaient se moquer de moi. Elles sont restées allumées toute la nuit, même quand j’ai voulu dormir, elles ne m’ont pas fait le plaisir de s’éteindre…
Il fut pris d’une quinte de toux. Depuis quand toussait-il ? Kagami n’avait jamais été réellement malade. Oh, un rhume par-ci par là, mais rien de bien grave. Il avait beau dormir dehors en hiver, il n’attrapait jamais rien. Eiji tordit sa bouche, se mordit la lèvre inférieure, attendit que son ami ait fini de tousser et continua.
-Tu plaisantes ? Tu as à peine tourné les talons qu’elles se sont éteintes. J’ai passé la nuit dans le noir, enfermé entre ces fichus arbres ! -C’est bizarre, cette histoire. Je suis sûr qu’elles étaient allumées. -Tu as du avoir des hallucinations. Laisse-moi voir…
Eiji posa sa main sur le front de Kagami, imitant son grand-père quand s’était lui qui était malade. Il la retira de suite : Kagami était brûlant de fièvre. Ses yeux s’arrondirent, il les baissa, respira et dit d’une voix calme :
-Bon, tu m’as l’air très fatigué, et tu as de la fièvre, apparemment. Je vais dire à tes parents d’appeler le médecin. Moi, j’y vais, si je ne commence pas mon travail assez tôt, je vais me faire enguirlander par grand père. Je repasserais ce soir prendre de tes nouvelles.
Il releva la tête, pour voir son ami déjà endormi, le rouge aux joues. Il respirait difficilement et toussota. En réfléchissant à ce qui avait bien pu se passer, Eiji sortit doucement de la pièce et partit, prévenant au passage les parents qui le remercièrent de mauvaise grâce. La journée passa avec la lenteur d’un escargot qui tracte une betterave, et enfin le soleil se coucha. D’un pas vif, Eiji quitta la petite auberge de son grand-père en lui criant qu’il revenait de suite. Il ne lui avait rien dit de leur aventure, haussant mollement les épaules sous les questions du vieil homme. Il arriva en courant à la petite maison familiale de son ami, et recommença le manège de la matinée. Son ami avait l’air en plus mauvaise santé encore, un linge froid sur le front. Au bruit d’Eiji qui arrivait, il releva la tête et essaya de se redresser contre le mur, sans succès. « Alors, cette journée ? ». Sa voix était rauque et faible, c’était un filet de murmure. Eiji fut désolé de l’état de son ami et s’excusa.
-Pourquoi tu t’excuses ? -C’était mon idée d’aller voir ce yôkai, et maintenant tu es malade… -Ne dis pas n’importe quoi, le coupa Kagami en toussant. Les yôkais, c’est bon pour faire peur aux enfants. Et puis, c’est moi qui ai continué dans la forêt. -Mais…
Un accès de toux interrompit Eiji. Il essaya tant bien que mal d’aider son ami en lui tapotant le dos, mais cela n’eut pour tout effet que d’amplifier la quinte. Pendant quelques minutes, il tint la main moite et brûlante de Kagami, attendant qu’il se rendorme. Lorsque cela fut fait, il le quitta, très inquiet, et rentra chez lui. Devant l’autel de la famille, Eiji pria, ce qui n’était pas une de ses habitudes. Son grand-père en fut assez étonné mais ne posa aucune question.
Les jours passèrent, se ressemblant en tous points. Une semaine s’écoula. L’état de Kagami avait empiré, sa toux lui avait tout d’abord ôté la parole, accaparant sa gorge, puis la fièvre avait prit le dessus. Depuis deux jours, il dormait continuellement, hanté par des cauchemars qui se traduisaient par un sommeil agité. Eiji faisait de son possible pour l’aider, mais cela ne semblait absolument pas efficace. Un soir qu’Eiji venait de passer sans qu’il se soit réveillé, Kagami entendit clairement une voix l’appeler. Combattant un instant contre la maladie, il réussit à ouvrir les yeux. Rien d’autre dans la pièce que son futon, la fenêtre, et un vieil homme qu’il ne connaissait pas. Il referma les yeux pour les rouvrit instantanément. Le vieil homme le regarda, amusé.
-Eh bien, on se réveille. Ravi de te rencontrer, Kagami. -Euh, de même, mais, qui êtes-vous ?
Il ne remarqua même pas que sa voix semblait aller mieux. Il observait en détail le vieillard en face de lui. Il semblait être un vieux bonze respectable, et une aura rassurante se dégageait de lui. Kagami, un peu rassuré, se détendit. Il n’avait jamais cru possible de discuter dans cette chambre avec un bonze inconnu. Il haussa les épaules et écouta son interlocuteur qui semblait avoir attendu qu’il ait fini de réfléchir pour répondre.
-Dans tous les cas, je ne suis pas un bonze, rit-il. -Vous avez lu dans mes pensées ? -C’est un de mes nombreux dons. Mais je ne suis pas là pour parler de ça, reprit-il très sérieusement. Tu as été malade toute cette semaine, n’est-ce pas ? -Je ne sais pas exactement. -Une semaine fait-elle 7 jours, jeune homme ? -Bah oui. -Alors, tu es resté malade toute la semaine. Tu as su résister au charme de la montagne, et ce malgré ton jeune âge ! -Euh, je ne vous suis pas bien… -Tu es toujours en vie, donc tu as survécu à la maladie n’est-ce pas ? -Je suppose que oui. Parce que si mourir revient à parler avec des vieux bonzes par très clairs dans leurs propos, je préfère rester en vie… -Ne fais pas de traits d’esprit s’il te plaît. Comme tu as résisté au charme de la montagne, tu seras récompensé comme il se doit. -Vous rigolez ? Vous voulez dire que cette histoire de yôkai est réelle ? Je n’y crois pas. -Ne t’inquiètes pas, dans quelques heures, tu ne diras pas la même chose.
Sous le regard interloqué et dubitatif de Kagami, le bonze disparut dans uns brise glacée. Il frissonna, haussa les épaules. Il était malade, tout cela ne devait être que des hallucinations. Il reposa la tête sur l’oreiller et reprit son sommeil interrompu. Le lendemain matin, Kagami se réveilla en pleine forme. Il n’y avait aucune trace de la maladie dans son corps : plus de toux, plus de fièvre, plus rien. Il réfléchit quelques minutes à son entrevue avec le vieillard de la nuit, lorsqu’une bourse déchira la paroi de papier, jetée depuis l’extérieur. Dans un sursaut, Kagami courut à la porte coulissante de papier et l’ouvrit brusquement. Il y avait derrière une cour cernée par quatre murs, sans échappatoire, et elle était désespérément vide. Un peu de vent vint jouer avec ses cheveux, et un rire sembla résonner à ses oreilles. Bouleversé, Kagami referma le panneau et s’assit devant la bourse. Il l’observa : toute en cuir, fermée par un cordon de toile rêche, elle devait contenir à peine dix pièces. Un long moment, il hésita à l’ouvrir, mais ne pouvant y résister, il défit le nœud serré qui la scellait, la renversa. Cinq grosses pièces d’or tombèrent avec un bruit mou sur le sol. C’était son du, son prix. Il rangea les pièces et courut à l’auberge chercher Eiji, sous les regards ébahis de sa famille et du village entier. »
-Grand-père ! Vous l’avez connu, Kagami ? -Mieux que tu ne le penses, galopin. Bon, c’est pas tout, mais le vieil homme que je suis se doit d’avoir un peu de repos. Allez, ouste ! Laissez-moi tranquille !
Les enfants s’éparpillèrent, commentant gaiement cette étrange histoire qui venait de leur être contée. Le vieillard se redressa lentement, et mit machinalement sa main dans sa poche. Elle rencontra une petite bourse, qui, secouée, fit tinter cinq pièces d’or. |
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