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Yusuki Beta


Messages: 491 Date d'inscription: 24/03/2011 Age: 22 Localisation: Dans ton cul ~
 | Sujet: Bakeneko [YAOI] 23.08.11 12:27 | |
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-Titre : Bakeneko -Genre : Yaoi / Mythes / Horreur -Pairing : Vous ne saurez rien : D -Raiting : Raiting Variable -Disclamer : Les personnages réels m'appartiennent, les autres sont inspirés des mythes du folklore Japonais. - Résumé :| Spoiler: | | | Il est des mythes qu’on ne croit pas pouvoir exister tant ils dépassent l’entendement humain. Plus la civilisation avance, plus le pragmatisme nous envahis, nous écartant de nos traditions et nos anciennes croyances. La science prend le pas sur d’anciennes légendes.
Les enfants de nos jours ne veulent plus entendre parler de personnages mystérieux vivant parmi les humains, ils ne rêvent que de dimensions parallèles et d’autant d’échappatoires au monde réel.
Pourtant ils existent bien, aussi nombreux qu’incroyable et parmi eux, aussi malfaisant que de bon augure, nous trouvons les Bakeneko. Voulez-vous entendre l’histoire de deux de ces Yokai ? Le premier aussi noir que la nuit et néfaste que le poison ne laissera que des regrets et de l’amertume tandis que le deuxième, aussi blanc et pur que la neige rendra heureux tout ce que ses mains toucheront. Un contraste aussi saisissant que celui qui les créât, la nature confrontée aux humains. |
Conte 1 ~ Kuroigawa ~
Partie 1
| Spoiler: | | |
Tout commence lorsque le reste finit, une soirée d’été, chaude, étouffante et menaçante.
« Asato ! Rentre les drapeaux ! » Dehors, un orage grondait, l’air était lourd, bientôt il allait pleuvoir, d’ailleurs, dans la vallée c’était déjà le cas. La voix résonnât jusqu’à l’extérieur de l’auberge éclairée. Elle semblait seule, complétement perdue dans la montagne, dernière relique d’un village qui fût tellement vivant au siècle dernier.
Lorsque la mine était encore en activité, le petit bourg prospérait tant bien que mal, s’agrandissant toujours plus entre les arbres serrés de la forêt. Puis, un jour, sans prévenir, les dieux de la montagne furent contrariés, ils tarirent les ressources de la mine et bientôt toutes les familles quittèrent le village. A regret alors que leurs ancêtres étaient nés là , ils durent laisser leurs maisons, n’arrivant plus à nourrir leurs enfants. Il fallait privilégier l’avenir au passé. Seulement, lorsque tous partirent, seule l’Auberge Yamada restât en place. Ils n’avaient pas le choix, pas assez d’argent pour aller emménager à Aka et puis la fréquentation de leur restaurant restait toujours si forte tout simplement des pèlerins qui montaient dans la montagne étudier ce phénomène qui avait couté sa fertilité à la mine ou encore des folkloristes friands de commérages pour leurs recherches.
C’était dans une ambiance familiale que les grand parents Yamada accueillaient les voyageurs, un parfum de tradition embaumait les lieux, ici, aucun touriste ne passait. C’était une grande bâtisse, sur deux étages, au premier, un petit restaurant ou les chefs servaient une cuisine simple mais gouteuse dans la plus pure tradition Japonaise.
La porte coulissante s’ouvrit et un jeune homme en sortit. Sa grand-mère d’adoption l’avait chargé de rentrer les banderoles sensées attirer les clients, à cette heure-ci, elles ne serviraient plus à rien et la pluie risquait de les abîmer. Malgré sa petite corpulence, le jeune homme, Asato Yamada, héritier de l’auberge, empoignât la tringle de la première banderole bleue et la tirât à l’intérieur. Il conseillât aux clients assis dehors sur un banc de rentrer, l’orage s’annonçait et il restait encore des places à l’abri.
Ils suivirent son conseil et l’aidèrent même à rentrer le rideau d’entrée. Asato s’inclinât pour les remercier et sentit une présence derrière lui. Au moment de se retourner il aperçût une petite femme, recourbée par l’âge, c’était sa grand-mère.
- Ferme les porte et va éteindre les lumières, il n’y aura plus de clients maintenant.
- Mais Oba-san…
- Quoi ? Répondit-elle vive comme une anguille.
Asato n’eut pas le courage de la contredire et elle abandonnât voyant qu’il se refusait à avouer la raison de son malaise. Elle soupirât en soulignant l’incompétence de son petit fils et retournât s’occuper des clients. Lui, se sentant mal à l’aise, soupirât avant de refermer la porte coulissante. Il se refusât à aller éteindre les lanternes et débarrassât deux couverts, deux grandes marmites en terre dans lesquelles avaient étés servis des Motsunabe(1). Asato parcourût toute la salle dans laquelle sa grand-mère, attablée faisait les comptes de la journée en écoutant les discussions des derniers clients et se dirigeât vers les cuisines.
Lorsqu’il ouvrit la porte, une lourde fumée blanche s’en échappât, il n’y fit pas attention, trop habitué pour la noter et humât le délicieux fumet de viande cuite. A l’autre bout de la pièce les deux cuisiniers l’observèrent. Il y avait tout d’abord son grand père, un vieil homme tout aussi tassé que sa femme qui n’était cuisinier que de nom, observant le plus jeune. Il s’appelait Hayate, connaissait Asato depuis leur enfance passée ensemble. Le jeune employé avait tout appris du grand père de son ami, comment faire les meilleurs Râmen de tout Fukuoka ou encore découper les anguilles. Cela faisait maintenant six ans qu’il travaillait pour la famille Yamada. Il se décollât du poêle et suivit Asato jusqu’à l’autre bout de la pièce, ouverte sur la forêt.
- Alors, le service est fini ?
- Oui, en salle tout le monde a commandé.
- Yah ! Parfait. Je t’aide et je rentre chez moi.
Le plus jeune enfilât des getas plates et avançât jusqu’à une petite source pour nettoyer les plats, de loin, Hayate passât sa main dans ses cheveux blonds avant de s’asseoir sur le rebord de la maison et de sortir un paquet de cigarettes de son Yukata de travail blanc.
- Tu ne comptes pas rester ici ce soir ? Il va pleuvoir à verse selon grand-mère.
- Non, je suis vraiment fatigué, de plus, toutes les chambres sont prises.
Asato acquiesçât, un peu déçu, il aurait aimé que son meilleur ami reste. S’il n’était pas là , il se retrouvait avec les clients et ses grands-parents, seuls, sans avoir de sujets de conversation qui le maintiendrait éveillé jusqu’à point d’heure. Le jeune serveur frottât les marmites dans l’eau de source si pure, faisant rougir sa peau blanche et ne se retournât pas.
- Alors comme ça il va pleuvoir n’est pas ?
- Oui...
- Est-ce que la vieille t’a encore demandé d’aller éteindre la lanterne ?
- Ça n’a pas manqué !
Hayate rit en allumant sa cigarette, faisant pester le grand père Yamada qui frappât l’arrière de son crâne mais il ne réagit pas, trop habitué à se faire réprimander par celui-ci. Il regardait Asato se démener tant bien que mal avec ses marmites, sa grand-mère ne comprenait pas qu’il avait une peur panique de la forêt en pleine nuit, lui demandant sans cesse d’aller éteindre la lanterne, peut être cherchait-elle seulement à le rendre plus adulte. Sa réflexion fût rapidement entravée par le jeune homme qui finit sa tâche et revint à la maison, laissant ses getas dehors et enfilant des chaussons blancs. Il laissât son meilleur ami se reposer et retournât en salle servir les clients.
Même si le service était terminé, il devait encore préparer les chambres. Il y en avait deux, à l’étage, ce soir-là , elles étaient toutes occupées, la pluie ayant contredit les projets d’un couple et d’un folkloriste de passage. Elle se mit à tomber alors qu’il installait les futons. Alors il ouvrit la fenêtre en papier coulissante et s’assit à genou sur les tatamis, observant brièvement la montagne.
Bien sûr qu’il en avait peur, ses parents y avaient disparu un jour, le confiant aux leurs, ils étaient partis chercher la tombe d’un de leurs ancêtres pour l’honorer et y bruler de l’encens. Seulement, cette fois ils ne revinrent jamais. On ne retrouvât ni explication ni corps, c’était comme s’ils s’étaient volatilisés. Très croyant, Asato était persuadé que c’était cet ancêtre qui les avait gardés avec lui.
Il retirât le tissu qui retenait ses cheveux mi- longs et châtain en arrière et déposât sa tête contre la paroi de la fenêtre avant de fixer son regard sur la flamme de la lanterne, un peu en marge de l’auberge, celle qu’il aurait à éteindre. Elle était là pour attirer les promeneurs, comme la lumière d’un phare, seulement, elle devait être éteinte les soirs de pluie et sa grand-mère le désignait toujours pour cette corvée.
Soudain, la flamme le tirât de ses pensées, elle disparût, d’elle-même, comme happée par quelque chose, un silence régnât dans toute la forêt. Tous les animaux qui communiquaient, tous les feuillages qui bruissaient se turent, une absence totale de bruit glaçante, comme si toute la vie s’était stoppée. Asato se relevât, apeuré, prêt à courir appeler ses grands-parents, seulement, quelques secondes plus tard, tout redevint normal, comme lors d’un claquement de doigt, la musique de la nature reprit et la flamme se rallumât. Il n’avait pas rêvé n’est-ce pas ? Il venait de se passer quelque chose de grave ! C’était un signe ! Non, décidément il ne voulait pas aller éteindre cette lanterne cette nuit-là . Il abandonnât les chambres et courût se réfugier dans les bras d’Hayate, brusquement, manquant de le faire tomber.
Le jeune homme rit en ne comprenant pas ce qui arrivait à son ami.
- Euh… Asa-kun…
- Je ne peux pas y aller ! Je ne peux définitivement pas y aller seul !
Hayate comprit parfaitement ce qui se passait, il avait encore une crise de panique à la simple idée d’aller éteindre cette lanterne en pierre. Alors il frottât ses cheveux lorsque sa grand-mère passât par là et elle les regardât avec un air désapprobateur. Elle soufflât « Ce n’est pas comme ça que vous trouverez des femmes » avant de repartir installer les clients dans leurs chambres.
- On va y aller ensemble d’accord Asa-kun ?
- Hm… murmurât-il.
Les deux jeunes hommes se séparèrent et sortirent du bâtiment, chaussant leurs getas et retirant les liens de leurs Yukatas(2). Hayate empruntât une veste peu traditionnelle pour les protéger de la pluie, il la tendit au-dessus de sa tête et de celle de son ami.
Ils commencèrent alors à avancer vers la forêt avant de s’y engouffrer. L’auberge était réellement plongée en son cœur, comme si elle pourrait disparaitre noyée au milieu des arbres.
Dès qu’ils furent encerclés, Asato se sentit comme vulnérable, ses poings se serrèrent, complétement terrifié. Et si cet ancêtre venait le chercher à son tour ? Hayate ne pourrait faire pour le sauver et il serait pris. Il déglutit péniblement et accélérât la marche, recouvert par la veste que tendait son ami au-dessus de sa tête. Gardant la lanterne en ligne de mire, faisant attention de ne pas marcher sur une racine, il continuât à bon rythme.
Seulement, il sentit une goutte de pluie tomber sur son visage, puis une autre, et encore une avant de sentir un torrent s’abattre sur lui. Il se stoppât, immobile. Il ne devait pas être mouillé n’est-ce pas ? Hayate le protégeait de l’eau… Lorsqu’il se retournât, il fût pris de panique en remarquant que son ami avait complétement disparu et que l’auberge également. Il n’y avait plus une seule lumière dans son dos, alors qu’il n’était sensé s’être avancé que de quelques mètres dans la forêt !
Il gémit avant de paniquer complètement, ce ne pouvait être que l’œuvre des esprits de la montagne, pourquoi lui jouaient-ils un tour ? Les mains du jeune homme se mirent à trembler lorsqu’il constatât que les arbres s’étendaient à perte de vue, il n’y avait plus de trace de la civilisation. « Hayate !!! » Hurlât-il à plein poumon, mais personne ne lui répondit. Il se tournât, sur lui-même extrêmement rapidement mais il était plongé dans le noir et plus aucun bruit ne parvenait à ses oreilles.
Soudain, le surprenant comme la première fois, la lumière de la lanterne se rallumât brusquement, à l’autre bout de la forêt mais toujours pas de traces d’Hayate ou de l’auberge, alors il avançât rapidement dans sa direction, même si ça lui faisait peur, il ne lui restait que ça. Sentant quelque chose l’observer il commençât à courir, doucement au début puis à pleine allure sentant un souffle dans son dos.
En Geta le terrain était impraticable. La mousse, les racines menaçaient de le faire trébucher à chaque pas et il rivât à nouveau son regard sur la lanterne qui ne s’approchait pas. Il avait beau courir dans sa direction, elle était toujours aussi lointaine. Asato n’avait qu’une peur, qu’elle s’éteigne à nouveau, le plongeant dans le noir le plus complet, seul avec la créature qui le suivait. Alors même si ses poumons le brulaient, il courût de plus belle, combien de temps cela faisait-il que ses jambes ne pouvaient plus se stopper ? Il avait l’impression qu’il n’avait jamais fait autre chose.
La pluie battait sa peau, il était trempé, le sol glissant le fit déraper et son crane butât contre une racine au sol et l’endormit profondément.
L’odeur de la mousse, la terre, les feuillages le rappelèrent doucement à la réalité. Il ouvrit doucement les yeux et vit sa main, contre le sol, elle était pleine de terre. Que faisait-il ici déjà ? La pluie ne cessait de tomber, une averse lourde et chaude comme seul l’été équatorial savait les faire. Il gémit doucement, sa tête le faisait tellement souffrir. Ses doigts bougèrent alors légèrement avant d’apercevoir une petite silhouette l’observer. Il n’avait pas la force de faire quoi que ce soit et se contentât de se demander ce que c’était.
Deux yeux verts perçant, deux pupilles dilatées le regardaient fixement. Une petite ombre de la taille d’un bébé, il n’eut même pas peur, se sentant comme entouré de coton. Il parvint à éloigner sa main, les yeux de la créature dévièrent de son visage pour se poser sur ses doigts qui bougeaient doucement, tentant de se dégourdir.
Ils vinrent bientôt rencontrer quelque chose de plus dur que la mousse ou la terre, quelque chose de poreux, et d’un coup, la lumière se fit dans la forêt. Un flash qui aveuglât d’abord Asato qui cachât ses yeux par reflexe avant de gémir et tout lui revint en mémoire. Il courrait seul dans la forêt, Hayate ayant disparût. Cette lanterne, alors elle venait de se rallumer ? Il rouvrit brusquement ses yeux avant de hurler de terreur.
En face de lui l’ombre avait perdu tout ce qu’elle avait de monstrueux, ce n’était qu’un chat. Un simple chat. Deux yeux verts dont les pupilles s’étaient contractés sous l’effet de la lumière l’observèrent. L’animal n’avait rien d’effrayant, un pelage écaille de tortue, une longue queue enroulée autour de ses pattes et une tâche blanche entre les poils roux au sommet de son crâne. La surprise avait terrorisé Asato mais il fût rassuré et se relevât d’abord sur ses genoux avant de complètement se rétablir. Juste en face de lui, à quelques centimètres se dressait la lanterne en pierre. Ses yeux s’ouvrirent comme jamais, juste avant, qu’était-ce ? Un délire de son esprit malade ? Un tour joué par les ancêtres ? Lorsqu’il se retournât il aperçût l’auberge éclairée au loin.
Non, décidément il ne comprit rien.
Alors Asato se décidât à faire vite, il éteint le feu de la lanterne avant de se retourner pour partir sous la pluie battante. Cependant, un cri perçant l’arrêtât net. Il pivotât et retrouvât le chat, plaintif, miauler d’un air impérieux. Il y avait quelque chose chez lui de noble, d’exigeant, de presque méprisant. « Qu’est-ce que tu veux ? » demandât Asato avant que l’animal n’hurle dans son langage une nouvelle fois. Il se souvint alors de la pluie, le chat était trempé et semblait grelotter. Il déglutit en soupirant « D’accord, d’accord, j’ai compris ! ». Le jeune homme attrapât l’animal avant de le blottir à lui. Il avait l’odeur de la forêt, que faisait-il ici ?
Le serveur se rappelât alors que justement, il se trouvait en pleins milieu de sa plus grande terreur et commençât à repartir précipitamment, le chat dans les bras. Il arrivât rapidement à l’auberge, sans encombre… Alors, juste avant… Un délire ? Le chat le tirât alors une nouvelle fois de ses pensées en miaulant. Le jeune homme sursautât avant de s’adresser à l’animal.
- Oui ! Oh ! C’est bon ! Je suis terrifié moi, j’ai peur de la forêt et puis…. Je suis complétement tordu de parler à un chat !!!
Il laissât la créature au sol en lui faisant signe de retourner voir sa famille ou qu’en savait-il, ses amantes, mais le chat restât immobile, le regardant. « Aller ! Vas-y ! » Mais il ne fit rien. Quelqu’un s’attachait à Asato… Cela faisait tellement longtemps. Alors il s’accroupit et le caressât en souriant, oubliant les événements de la soirée.
« Tu veux rester avec moi ? » Le chat miaulât une fois, un cri aigu et le serveur sourit en posant son visage sur ses poignets. « Alors je vais devoir te trouver un nom n’est-ce pas ? Que dis-tu de Yamiyo(3) ? »
(1) Plat de boyau de bœuf ou porc mijoté avec des légumes et servi dans une marmite en terre (2) Traditionnellement les manches des Yukatas des travailleurs sont retenues en arrière par un lien qu’ils déploient lorsque le travail est fini. (3) Yamiyo : Nuit noire en Japonais |
Partie 2
| Spoiler: | | |
Les rayons du soleil passent doucement à travers la fenêtre grande ouverte. Il est déjà haut dans le ciel et réchauffe l’air. Une fine mélodie résonne, en tendant l’oreille, on se rend compte qu’il ne s’agit pas de musique mais d’un brouhaha doux, agréable, à peine audible.
La rosée à disparût des feuilles il y a déjà quelques heures, la vie suit son cours depuis lors. Dans la chambre elle semble suspendue.
La pièce est grande, vide et dépouillée, dans la plus pure tradition japonaise. Au fond, dans un petit renfoncement son rangés les couvertures et les deuxièmes futons, l’armoire est ouverte. Au sol trainent les vêtements de la veille, maculés de boue, de larmes et de sang sur les genoux. Comme si tout ça n’avait pas existé, la vie reprend doucement son cours, les rayons du soleil se posant sur la joue d’Asato qui gémit.
Cette nuit il a dormi comme jamais, plus de douze heures d’affilée, pourtant il était toujours aussi fatigué mais étrangement serein. Il cachât ses yeux de sa main et tirât la couverture sur son visage. Enfouis dessous, il faisait si chaud, c’était tellement confortable, comme dans un cocon. De quoi avait-il rêvé cette nuit ? Il n’arrivait même plus à s’en souvenir, ses pensées ne se dirigeant que vers le sommeil.
Doucement, il entendit des clients discuter, sa grand-mère courir dans les escaliers en bois pour remercier une jeune femme d’avoir livré des denrées de la ville. Elle n’était pas venue le réveiller, le lundi était son seul jour de repos alors que l’activité battait de son plein au rez de chaussée.
Il était bientôt midi lorsqu’Asato se réveillât à nouveau, il se sentit tellement bien. Collé à lui il sentit un petit cœur battre, de la chaleur et un corps à serrer dans ses bras. Il se questionnât un instant, ayant l’impression de se blottir contre un homme et ouvrit brusquement les yeux.
Sous la couette, couché sur son bras droit, dormait encore le chat noir de la veille. Comment l’avait-il appelé ? Il s’en souvint difficilement, Yamiyo, la nuit noire, en référence aux conditions de leur rencontre et à son pelage sombre. Son ventre se soulevait doucement, il dormait encore, paisiblement. Alors Asato retrouvât son calme, instantanément, souriant avant de caresser son nouvel ami de sa main libre. Le chat se mit à ronronner doucement et sombrât dans un profond sommeil, incitant son maitre à faire pareil.
« Asa-kun ! Il est midi passé ! » La voix d’Hayate le sortit brutalement de sa torpeur et il se redressât dans son lit, comme un ressort. Yamiyo soufflât, apeuré avant d’aller s’asseoir sur le rebord de la fenêtre basse pour observer le jeune cuisiner d’un œil sombre. Celui-ci refermât la porte de la chambre derrière lui et ramassât les affaires de son ami au sol.
- Comment est-ce que tu peux dormir autant ?
- Hayate-kun… gémit l’autre.
Le cuisinier ne se formalisât pas des supplications d’Asato et finit par tout mettre dans un bac avant de s’asseoir sur son futon, à côté de lui tandis qu’il tentait de se réveiller en passant ses mains sur son visage.
- J’imagine que demander si tu as bien dormi est inutile ?
- Pourquoi tu es venu me réveiller ?
- Parce qu’on va avoir besoin d’aide en cuisine, ton grand père est fatigué depuis hier soir.
- Mais c’est mon jour de repos !
Hayate rit avant de se relever. « Tu apprendras qu’en matière de travail, un vrai homme ne trouve jamais de repos ! » Dit-il avant de se couper et d’apercevoir Yamiyo, le dos rond, le regardant d’un œil mauvais. Il se retournât alors vers son ami qui se levait.
- Qu’est-ce qu’il fait là ce chat ?
- Ah ? Yamiyo ?
- Il a un nom ?!
- Oui… Je l’ai adopté hier soir
Le brun s’interrompit, se rappelant des circonstances de leur rencontre, cette nuit si particulière et il frappât Hayate violement dans le bras.
- T’es malade ?!
- Tu m’as abandonné hier soir alors qu’on était dans la forêt !
- Pas du tout ! C’est l’inverse !
- Comment ça ?
Asato le regardât comme s’il était devenu fou et enfilât le haut de son Yukata de travail, attendant ses explications.
- Tu te fous de moi ? Je t’ai dit qu’on y irait ensemble, tu es allé chercher quelque chose dans ta chambre et je t’ai attendu sous le parvis, pendant presqu’une heure et d’un coup, la lanterne s’est éteinte, j’en ai déduit que tu y étais allé seul ! Tu aurais quand même me dire, histoire que je ne poirote pas comme un imbécile.
Les yeux du brun s’ouvrirent en grand. Qu’était-ce ? Etait-ce lui ou bien son ami qui devenait fou ? A moins que…
- C’est une blague ? Dit-il en enfilant son pantalon de Yukata.
Son ami ne comprit pas du tout, effectivement, il l’avait attendu pendant une heure et se demandât ce qui se passait. Il rit avant d’empoigner son ami et de passer son bras par-dessus son épaule pour l’embêter. Aussitôt Yamiyo sautât sur ses pattes, se hérissât de tout son long avant de souffler comme possédé. Sa queue, comme un plumeau, se dressait dans son dos, sa rage était palpable. Les deux amis cessèrent de chahuter pour observer l’animal au comportement étrange.
- Je crois qu’il est jaloux ! Rit Hayate en lâchant le brun.
Asato s’approchât alors de l’animal qui l’évaluât, lorsqu’il voulût le caresser il sautât de la fenêtre du premier étage. Son maitre tentât de le rattraper mais il avait déjà atterri en dessous, sur ses pattes, avec agilité. « Yamiyo ! Reviens ! » Hurlât-il, attirant l’attention de sa grand-mère qui sortit en trombe de l’auberge.
Elle vit son petit-fils à l’étage, son Yukata débraillé, pas encore habillé, lancer des appels à quelque chose. Lorsqu’elle descendit ses yeux au sol, elle aperçût un chat noir comme la nuit apeuré par sa présence courir se réfugier dans la forêt avant de complètement disparaitre.
« Non !!! Yamiyo !! » Criât Asato avant de se laisser retomber, boudeur sur le rebord de la fenêtre. Son cœur se serrât, douloureusement, il portât la main à sa poitrine. Une douleur vive, comme une crampe. Lorsqu’Hayate remarquât le malaise de son ami il se penchât et lui demandât s’il se sentait bien, le brun ne répondit pas, concentré sur sa douleur qui devenait de plus en plus vive, il avait l’impression mourir, il serrât les dents et crispât ses poings alors que d’un coup, sa souffrance cessât. Asato laissât retomber son crâne sur le rebord de la fenêtre, reprenant son souffle entre coupé d’angoisse. A l’instant, qu’était-ce ? Il avait l’impression que son cœur était tiré en avant, comme s’il voulait sortir de son corps.
« Asato ! Asato ! Est-ce que ça va ? » Le jeune homme reprit doucement conscience du monde qui l’entourait. Doucement, l’énergie affluât en lui et il se redressât manquant de donner un coup de tête à Hayate. Entre temps, sa grand-mère avait grimpé jusqu’au premier étage et se courbât sur son petit-fils qui avait du mal à émerger.
- Qu’est-ce que c’était que ça ? Un chat ?
Asato ne répondit pas, parcourant des yeux les visages de la bonne femme et de son ami, tentant de trouver une explication à tout ça, mais il n’y avait rien d’autre que de l’inquiétude chez eux, de l’inquiétude et de la colère.
- Réponds-moi Asato ! Tu sais très bien que je ne veux pas de chats ici !
- Je… Je sais.
La grand-mère frappât violement l’arrière du crâne du brun avant qu’Hayate ne s’exclame qu’elle devait être plus douce, qu’il venait de faire un malaise. Elle ne s’en formalisât pas et redescendit en salle en murmurant quelque chose comme « Quel incompétent. »
Hayate aidât son ami à se relever, il était blanc comme un mochi, semblait tellement perdu qu’il se sentit le besoin de le protéger.
- Ecoute, oublie pour le travail aujourd’hui, va te coucher, tu as besoin de sommeil.
- Tu sais… Je me sens bien !
- Quoi ?
Asato sentait l’énergie affluer en lui, comme s’il en avait manqué jusque-là . Ce matin en se réveillant, il était tellement vidé, tous ses muscles étaient engourdis, comme courbaturés et à présent il ne sentait plus rien.
- Allons travailler ! Je me sens si bien !
Hayate restât un peu étonné avant d’aider son ami à revêtir son Yukata de travail et de descendre au rez de chaussée pour aider les grands parents Yamada.
Les yeux rivés sur le plafond éclairé par les rayons de lune, Asato se sentit incroyablement vide et seul. Combien d’heures cela faisait-il qu’il ne dormait pas ? Sûrement plusieurs, de nombreuses. Il débordait toujours d’énergie, même le travail n’était pas parvenu à le fatiguer. Qu’était-ce ? Alors que dans la matinée il était si éteint, il bouillonnait à présent. Malgré tout ça il n’arrivât pas à calmer ce manque en lui, il se sentait triste. Etait-ce parce que Yamiyo avait fuis ? Il avait passé une si bonne nuit en le serrant dans ses bras. Ou était-il ? Que faisait-il ? Asato espérait juste qu’il ne soit pas tombé sur un animal sauvage dans la forêt ou pire… Un Yokai. Il en frissonnât à cette simple idée et décidât d’arrêter d’y penser et de se concentrer sur ce sommeil qui ne venait pas.
Il faisait froid, une odeur de forêt envahissait un paysage aussi noir que la mort, il n’y avait rien que cette sensation glaciale. Son cœur semblât se stopper une nouvelle fois, le paralysant. Il ne se passât rien pendant plusieurs minutes et puis, doucement, comme pour l’envouter, il entendit quelques notes de Koto. Une fine mélodie, inquiétante, douce, et quelques craquements du parquet, quelqu’un marche sur les lattes du sol mais il n’arrive pas à se retourner pour se protéger. Il n’y a rien ici, rien, pas même de lumière, juste ce froid et cette chanson glaciale. Peu à peu, les bruits de pas sur le parquet se rapprochent, craquant, doucement, l’obsédant complétement avant de sentir deux bras froids comme la mort passer dans son cou depuis l’arrière jusqu’à se croiser devant lui. Ils deviennent alors visibles, blancs comme fantomatiques, fins. Doucement, comme mécaniquement ils se referment sur son cou, il sent son souffle s’amaigrir, devenir de plus en plus ténu. C’est douloureux, il aimerait bouger mais quelque chose l’en empêche. Lorsque sa dernière respiration franchit le seuil de ses lèvres, il sent un souffle dans son oreille lui murmurer « Tu es à moi maintenant » horriblement glacial et terrifiant.
Asato se réveille en sursaut, gémissant il s’étouffe, frappe son torse pour recommencer à respirer, il laisse retomber son torse à l’avant, le retenant de son bras, il a l’impression de mourir. Qu’était ce rêve ? Ça avait l’air tellement réel, cette chanson passait encore en boucle dans sa tête. Lorsqu’il parvient à reprendre une respiration normale ses yeux s’embrument de pleurs. Sans vraiment comprendre pourquoi il sent encore ces deux bras froids autour de son cou. Cette présence glaciale est terrifiante. Il veut oublier ce cauchemar et cette emprise qu’il sent sur lui.
Le lendemain, après quelques fugaces minutes de sommeil, Asato débordait toujours autant d’énergie. Quoi qu’il fasse, il n’était jamais fatigué, ses grands-parents étaient tellement étonnés qu’ils ne trouvèrent pas le goût de le critiquer, préférant s’acharner contre Hayate qui ne faisait pas preuve de la même énergie.
Du matin au soir, il mettait les couverts, les débarrassait, s’occupait de la plonge, accueillait les clients, défaisait les chambres de la veille et refaisait celles du jour. Quoi qu’il fasse, rien ne le fatiguait. Il continuât pendant plusieurs jours, toutes les nuits étaient hantées par le même cauchemar, terrifiant, glaçant et à chaque fois qu’il se réveillait, il sentait cette emprise sur son cou, deux bras glacés le réclamant. Qu’est-ce que ça voulait dire ? A qui était-il sensé appartenir ? Il dormait si mal…
Au bout d’une semaine, ses bras, ses jambes se mirent à ne plus résister à son poids, même s’il se sentait toujours si peu fatigué, son corps lui, ne tenait plus la distance. A chaque fois qu’il tentait de se relever, il tombait lamentablement au sol. Un docteur vint à son chevet et constatât que tous ses muscles avaient subi beaucoup plus qu’ils ne le pouvaient et lui conseillât de rester alité.
Durant toute la journée, bien que débordant d’énergie, il ne put se lever, seulement fixer son plafond. L’ennui s’ajoutait à la frustration de décevoir ces grands parents. Il les avait entendus se plaindre à Hayate, lui avouant qu’il était trop faible et leur causait beaucoup de soucis. La pression était trop forte, il voulait se lever, les aider. Mais il ne parvint à se trainer que jusqu’à la fenêtre. Il regardât une fine pluie d’été tomber sur l’auberge, les clients s’y réfugier, alors il y aurait beaucoup de monde ce jour-là ? Asato fût interrompu dans ses pensées par le raclement des parois de la porte sur le sol.
Lorsqu’il se retournât, il vit Hayate s’engouffrer dans sa chambre avec un plateau dans les mains. Il le déposât sur les tatamis à côté du futon du jeune homme. Et s’assit à coté avec un air inquiet.
- Le médecin avait dit que tu ne devais pas bouger…
- Je sais bien… Mais mes grands-parents sont tellement embarrassés par ce qui se passe…
Le jeune cuisinier soupirât avant de dresser son plateau sur deux pieds, il le présentât à son ami comme on le faisait à la cour d’Edo(1) ne manquant pas de faire rire Asato qui rampât jusqu’à la petite table improvisée.
- Maitre, voici un Misutaki(2), des Mentaiko(3) et des kakis. Appréciez votre repas.
Asato rit et saisit les baguettes avant de commenter l’attitude honorifique du blond, il avait parlé avec l’accent du Kantô.
- Je ne sais pas si on sert ces mets dans le Kantô stupide serviteur. (4)
- Le maitre apprendra qu’on voit de tout à Tokyo, j’ai même entendu dire qu’on y trouvait des melons de Furano(5).
Asato parût impressionné et commençât à goûter le Misutaki d’Hayate, comme toujours il était excellent. Le poulet était fondant et s’était doucement imprégné du bouillon de légume. Ceux-ci étaient juste assez cuits, légèrement croquants sous la dent et tellement parfumés. Le serveur se sentit revivre.
- C’est délicieux Hayate !
- Merci beaucoup.
- Mais dis-moi… Tu es déjà allé à Tokyo toi, est-ce que c’est bien ?
Hayate se souvint de cette année d’étude, il avait été accepté dans un lycée de Tokyo, seulement, il ne se plaisait pas là -bas. Tout le climat qui régnait dans la préfecture de Fukuoka lui manquait. La nature, les forêts, le rapprochement avec les ancêtres et même Asato, il ne se sentait pas tranquille le sachant livré à lui-même. Comme son frère cadet il aimait le protéger. Alors il sourit.
- Tokyo n’est pas si bien que ça, en vérité, il y a tellement de gens, ils sont tous si différents de chez nous.
- Je vois…
- Mais si tu veux y aller, nous y irons tous les deux un jour, quand tes grands parents nous laisseront un peu de répit !
Asato hochât la tête, les baguettes dans la bouche savourant le Misutaki.
La pluie tombait toujours, doucement, contraignant les ruisseaux à sortir de leurs lits, les racines à se replier dans la terre et les animaux à se cacher. Au loin, dans la forêt, Asato regardait la lanterne allumée, dans la nuit, elle créait un simple point lumineux. Il la scrutait, de peur qu’elle s’éteigne encore. Mais cette fois il était protégé, alité, caché derrière le rebord de la fenêtre, il pensait ne rien craindre. Comme elle n’avait pas le temps d’envoyer quelqu’un l’éteindre, la grand-mère Yamada décidât de la laisser éclairée cette nuit ci, ne rassurant pas le jeune homme pour autant. Tous les clients étaient allés se coucher, ses grands-parents aussi, seul éveillé dans l’auberge, il se maintenait alerte pour ne pas refaire ce rêve.
Il suffisait d’y penser pour sentir à nouveau cette emprise glaciale sur lui, autour de son cou. Ce n’était pas des mains qui voulaient l’étrangler, mais bien des bras. Comme pour le maintenir près de cette personne. Et cette phrase qui revenait sans cesse « Tu es à moi maintenant. » Il y pensât à peine qu’il l’entendit murmurée dans ses oreilles, il se retournât alors brusquement, mais personne n’était là . Alors il rêvait même éveillé maintenant ? Son cœur battait comme jamais, scrutant tous les recoins de sa chambre apeuré. Seulement, il n’y avait rien, absolument rien. Alors il se calmât.
Ses courbatures avaient légèrement diminuée maintenant, il put se lever et malgré la peur, il mourrait de soif, inexplicablement, sa gorge était sèche et glacée par cette voix. Il lui fallait un thé, maintenant. Asato sortit de sa chambre prudemment, scrutant les couloirs avant de descendre doucement les escaliers.
Seulement vêtu d’un Yukata de nuit blanc par-dessus ses sous-vêtements, il sentit peu à peu le froid l’envahir et il resserrât les deux pans de tissus sur son torse avant de se hâter dans les couloirs. Il ouvrit précautionneusement les portes coulissantes de la cuisine avant de s’y engouffrer et de les refermer pour s’y sentir en sécurité.
Une fois dedans, il soupirât de soulagement, finalement, rien n’était arrivé. Alors il se précipitât se faire chauffer de l’eau au-dessus du brasero qui réchauffait toute la pièce et qui, n’arrivât pas à faire cesser l’impression glacée en Asato. S’asseyant à côté des braises rouges il laissât ses yeux s’attarder sur les couleurs flamboyantes de celles-ci. Ca l’hypnotisait, le rassurant, l’endormant presque. Il posât ses coudes sur ses jambes et son visage au creux de ses paumes. C’était si reposant alors, doucement ses yeux se refermèrent.
La musique se faisait de plus en plus présente, oppressante, comme si elle était accélérée, il la reconnaissait presque, il l’avait déjà entendue. Comme si tout était plus rapide, Asato entendit rapidement les pas sur les coursives en parquet se rapprocher de lui, comme si le temps était compté, comme si on le poursuivait, ce rêve n’avait plus rien de lancinant. Soudain, de longs doigts fins s’accrochèrent à ses épaules, ils étaient glacés comme ceux d’un mort et ils le tirèrent en arrière jusqu’à buter dans quelque chose d’encore plus froid et de s’enfoncer dans sa peau. Il voulût hurler, cette fois c’était son cœur qui cessât de battre, engourdit par le froid qui s’infiltrait dans ses veines. Rapidement il sentit ses jambes se dérober sous son poids, avant d’entendre, dans un souffle rapide et impatient, murmuré à ses oreilles. « Je ne peux plus attendre que tu sois miens. »
Brusquement Asato rouvrit les yeux, il perdit son équilibre et manquât de tomber tête la première dans la braise mais se retint aux portants du foyer. « Oh merde ! » Laissât-il échapper avant de se rétablir complètement. Le jeune serveur sentait encore le froid en lui, c’était une sensation glaçante si désagréable. Ce rêve avait été différent des autres. La personne qui voulait le tuer était plus pressante, comme à bout de nerfs après l’avoir traqué si longtemps mais cette fois encore il lui avait échappé, se réveillant au bon moment. C’en était trop. Asato se redressât avant de frapper le mur de son poing. Qu’avait-il fait, qu’avait-il dit pour mériter ça ? C’était incessant, le poursuivait, était-ce un Yokai qui avait pris possession de son corps pour le rendre fou ?
Face au mur, il se laissât glisser de tout son long avant de poser sa tête contre le mur en pierre tout aussi froid que son corps à ce moment. Il se prit à se demander à nouveau ce qui se passait, après tout, c’était anormal et personne ne semblait le remarquer à part lui. Quelqu’un le poursuivait dans ses rêves et il ne pouvait pas en parler parce qu’on le prendrait pour un fou.
Il fût interrompu par le grincement des portes coulissantes en papier derrière lui. Il ouvrit alors de grands yeux, dos à celles-ci. C’était celles qui donnaient sur l’extérieur, sur la forêt et toute sa famille était à l’intérieur. Hayate, ça pouvait être Hayate n’est-ce pas ? Pourquoi entrerait-il par derrière plutôt que par devant, non, c’était idiot. Il fût interrompu par le craquement de pas sur le sol en bois. Ce n’était pas les mêmes que dans son rêve, pourtant, ils le terrifiaient tant. Asato frissonnât en sentant quelque chose se rapprocher de lui et n’osant se retourner. Bien sûr qu’il avait peur, parce que quelque chose s’approchait et si c’était un Yokai venu l’emporter ? Non, il ne pouvait pas penser à ça, sinon il ne pourrait pas se défendre, pétrifié. Alors il saisit un tison au sol, discrètement et le maintint fermement dans sa main. Il comptât jusqu’à trois et se retournât brusquement, dans un cri de son assaillant.
Un petit cri fin, motivé par la surprise, dans un langage complètement différent du sien. Au sol, assis, il trouvât Yamiyo, qui l’appelait de miaulements. Aussitôt sa peur diminuât et il le prit dans ses bras pour le serrer. Il lui dit qu’il lui avait manqué, lui demandât où il était passé durant cette semaine, s’il n’avait pas croisé d’esprits malfaisants, bien sur le chat ne répondit pas, se contentant de miauler.
Comme lors de leur première rencontre, Asato se sentit obligé de le protéger, alors il courût refermer les portes coulissantes, ne se demandant pas comment il était parvenu à les ouvrir et le remontât rapidement dans sa chambre. Avec le chat, il se sentait tellement protégé.
Certaines légendes disent que les chats peuvent voir les esprits malveillants et mettre un terme à leurs agissements. C’est ainsi que de nombreuses familles japonaises en adoptèrent au début du dix-septième siècle. Seulement, à la fin de cette ère, tous les rejetèrent, effrayés par de nouvelles légendes. Les rares chats qui résistèrent eurent la queue coupée, pour prévenir leurs maitres d’une menace encore plus grande que de malheureuses croyances sans fondement. Se présentant sous plusieurs formes, adoptant le corps de chats âgés de treize ans, pesant plus de trois kilos et arborant une longue queue, sévissaient alors les Bakeneko.
(1) Edo : Nom premier de Tokyo. (2) Misutaki : Plat de poulet mariné aux légumes. (3) Mentaiko : Œufs de colin marinés. (4) Le Kantô est la région centrale du Japon, elle englobe notamment Tokyo, ex Edo. Seulement, la nourriture que sert Hayate est originaire de la préfecture de Fukuoka, bien loin du Kantô. (5) Melons de Furano : Furano se situe à Hokkaido (Le plus au nord du Japon alors que Tokyo est au centre et Fukuoka au sud) et produit les meilleurs melons du Japon, ils coutent une fortune.
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Partie 3 | Spoiler: | | |
- Dis-moi, qu’est-ce que tu fais le mois prochain Asato ?
Le jeune serveur levât le nez de la plonge, accroupis dans la cour extérieure et se retournât vers Hayate qui prit sa pause en accrochant le bandeau de ses cheveux à sa taille.
- Je ne sais pas vraiment, je travaille pourquoi ?
- Je me dis qu’on a bien mérité de prendre un peu de vacances.
- Hein ?
- Tu te rappelles ? Je t’avais promis de t’emmener à Tokyo ! On pourrait même aller à la plage !
Asato fût touché par les attentions de son ami mais tordit sa bouche en soupirant. Il avait une raison toute particulière de refuser mais n’osât pas le dire à son ami, de peur d’essuyer d’acerbes critiques.
- Tu sais, Oba-san et Ojii-san ne me laisseront jamais partir comme ça. Ils comptent beaucoup trop sur moi.
- Je sais mais… Si on ne le fait pas maintenant, on ne pourra plus quand on sera trop vieux.
- Je suis désolé…
Le brun se contentât de donner cette réponse avant de se relever, essuyer ses mains sur son tablier et de repartir en salle, fuyant le regard de son ami qui soupirât.
Hayate l’avait bien remarqué, Asato était complétement différent depuis quelques semaines. Il ne sût pas vraiment ce qui lui arrivait, il était toujours comme absent, il aurait même juré que ses yeux s’étaient obscurcis. Quelque chose avait changé en lui. Toute l’énergie dont il avait fait preuve au cours des dernières semaines s’était envolée, de même que leurs grandes conversations le soir. En ce moment, Asato ne l’invitait plus jamais à dormir à l’auberge, même lorsqu’ils étaient ensembles ils ne partageaient plus aucunes paroles désintéressées, légères comme l’aimait le blond. Il soupirât avant de s’asseoir sur le rebord de la maison surélevée. Peut-être son ami était-il absorbé par les espoirs que fondaient ses grands-parents sur lui ou peut-être même était-il amoureux, il n’en savait rien mais espérait que ce soit passager. Et puis, qu’est-ce qu’il avait à passer tout son temps libre enfermé dans sa chambre ? Un client lui avait rapporté qu’il l’avait entendu parler à voix basse, seul, comme un possédé pendant des heures. Hayate avait espéré qu’il soit seulement au téléphone avec quelqu’un de très intéressant. Il soupirât une nouvelle fois avant de se remettre au travail, se promettant de ne plus se préoccuper pour Asato, après tout, il avait plus de vingt ans et serait surement embarrassé s’il savait qu’il causait de l’inquiétude à son meilleur ami.
Le bris d’une marmite sur le sol fit régner un silence lourd et gêné dans la salle et tirât Asato de ses rêveries. Sans faire attention, il avait lâché le plat qu’il devait amener à la plonge. Alors il se laissât retomber sur ses genoux avant de saisir les bris et de les mettre dans la serviette à sa taille, comme un petit paquet. Les clients s’étaient tus, désolé de la bêtise du jeune serveur et encore plus de la correction qu’il allait subir. Elle ne tarderait pas à venir, sa grand-mère accourût dans la pièce et comprit instantanément la situation, son petit fils était tellement dissipé ces derniers temps qu’il ne faisait rien de bon. Elle prit alors son oreille et il gémit avant qu’elle ne le tire à l’arrière jusqu’aux cuisines ou Hayate et le grand père s’affairaient. Elle le lâchât violement et il manquât de chuter dans le brasero. Les deux cuisiniers se tinrent éloignés du conflit, ils savaient que la vieille dame était dure, et que s’ils s’arrêtaient pour prendre la défense d’Asato ça ne ferait qu’envenimer les choses en plus d’attirer l’attention sur leur travail.
- Asato ! Quels dieux m’ont donné un petit fils si distrait !
- Je suis désolé grand-mère, je pensais à autre chose et…
Elle attrapât ses cheveux et le tirât hors des cuisines, jusque dans les escaliers qu’elle montât marche par marche rapidement, le jeune homme eut du mal à suivre et gémit de douleur. Ses soupirs s’entendaient jusque dans la salle ou les clients chuchotaient en riant de la fermeté de la vieille femme. Elle le relâchât dans sa chambre, le faisant tomber sur le futon qu’il avait oublié de replier et elle hurlât tant et si bien que même les esprits de la foret l’entendirent.
- J’en ai assez d’un petit fils si incompétent. Je vais assurer le reste de la journée et toi réfléchit à ses erreurs ! Songe qu’à cause de toi une vieille femme devra travailler deux fois plus ! A mon âge ! Tu imagines fils d’idiot ?
- Grand-mère ! N’insulte pas papa !
« Tss, cet imbécile n’était pas bien plus compétent et a épousé ma fille uniquement pour l’auberge, si tu crois que je n’ai rien vu ! Un incompétent, flemmard, tout comme toi ! » Dit-elle avant de quitter la chambre et de refermer brusquement la porte coulissante, laissant Asato seul. Ses poings fermement cramponnés au drap, presque aussi pâle que celui-ci, se trouvèrent tremblant, frémissant. Etait-ce de la haine ? De la tristesse ? De fines larmes s’y écrasèrent doucement, comme une pluie d’été. Le jeune homme reniflât avant de soupirer, en sanglots. Sa grand-mère savait être si dure envers son père. Lui l’aimait, il n’avait plus beaucoup de souvenirs, seulement des visages figés sur des photos, des voix, gravées en lui, des mots répétés tellement de fois, son nom, avec une intonation si douce. Il se mit à pleurer davantage en étalant ses bras sur le lit et laissant retomber son visage sur le futon.
De petits bruits de pas se firent entendre sur les tatamis jusqu’à atteindre Asato, puis, doucement une langue rugueuse se baladât sur ses mains, mouillées, trempées de larmes. Il stoppât instantanément son long sanglot et levât doucement son visage. Yamiyo était en train de lécher sa main, surement pour faire cesser ses pleurs, ce qui le rendait triste. C’était vrai, se dit-il, Le chat était la seule personne à le comprendre, à l’écouter parler pendant des heures, la seule personne qui méritait son intérêt. Alors il séchât ses larmes avant de s’adosser au mur, assis en tailleur. Yamiyo trottinât jusqu’à ses cuisses avant de s’y lover et de commencer à fermer les yeux, comme pour dormir. Instantanément, Asato se sentit si fatigué, laissât retomber sa main sur le museau de l’animal et commençât à le caresser, c’était la seule chose qu’il avait la force de faire. Ca et lui parler, de longs monologues solitaires.
« Tu sais Yamiyo, ma grand-mère n’est pas vraiment méchante, enfin, je ne pense pas, c’est le travail qui l’as rendue ainsi, aigrie, intolérante, haineuse. Devrais-je haïr cette auberge ? A cause d’elle je suis enfermé ici, faire un métier si peu intéressant, travailler pendant le reste de mes jours, m’éreinter, devenir aussi courbé que grand père et aussi mort sentimentalement que ma grand-mère ? Quelle vie inutile. Je me demande pourquoi je suis venu au monde, quels dieux ont décidé de mon rôle ici-bas. Nourrir les voyageurs ? Pourquoi moi ? J’aurais voulu habiter à Fukuoka, avoir une vie aussi intéressante qu’Hayate, aller en boite, rencontrer des gens, profiter de ma jeunesse seulement je suis enfermé ici. » Il s’interrompit, ses yeux semblaient vide et creux, presqu’effrayants, comme possédé. Il fixait la porte en face de lui sans expressions, ni tristesse ni joie. Ses lèvres bougeaient mécaniquement, sans que le reste de son visage ne réagisse. A ses genoux, le chat buvait ses paroles.
« Pourquoi grand-mère est ainsi ? Elle n’a jamais aimée mon père, sous prétexte qu’il était paysan et ma mère héritière de cet endroit, elle a toujours pensé qu’il voulait profiter d’elle mais je veux penser que c’était de l’amour. C’en était n’est-ce pas Yamiyo ? Elle était belle et lui beau, sur les photos que je revois, on dirait ce genre de publicités pour les entreprises matrimoniales. Ils sont allés à la mer tous les deux, c’est là -bas que leur fils unique a commencé à vivre. Tu savais Yamiyo ? Si j’avais été une fille, on m’aurait appelé Umiko(1). Même si grand-mère a désapprouvé leur union, ils se sont installés ici. Et il y a un peu plus de dix ans, ils sont partis en forêt et plus personne ne les as revus. Est-ce qu’ils ont été mangés par des animaux sauvages ? Envoutés par des Yokai ? Je veux croire qu’ils sont encore vivants et qu’ils recherchent toujours leur fils. » Sur ses joues commencèrent à couler de fines larmes, le chat cette fois ne relevât pas. Il restait à semi endormi. « Yamiyo… Je suis si fatigué. » Dit-il avant de s’endormir alors qu’il était à peine quatorze heures. Sa tête chutât sur son épaule droite et il se mit à respirer plus doucement. Le chat, à l’opposé se relevât et fit quelques pas avant de sauter sur la fenêtre, contempler la forêt, sa vraie maison qu’il regagnerait bientôt.
De fines gouttes de pluie goutaient le long des tuiles de l’auberge, elles continuaient leur course sur les rebords d’une fenêtre en bois. Doucement, créant une musique légère, lancinante, caressante. C’était ces averses d’été, aussi imprévisibles que violentes. Au rez de chaussée, une lumière était allumée, on pouvait distinguer une silhouette noire s’affairer calmement, doucement, puis s’asseoir au sol.
Quelques secondes passèrent dans le plus grand silence. L’auberge semblait endormie, seule cette lumière, provenant d’une dizaine de bougies disposées au sol la faisait vivre.
Doucement, commençant par seulement quelques notes, une chanson raisonnât dans toute la maison. De petits sons courts, crispants, aigus, discontinus, des notes de koto. Instantanément, à l’autre out de l’auberge, dans les chambres, Asato ouvrit en grand les yeux. Se pupilles se contractèrent en même temps que son cœur se serrât et sa respiration s’intensifiât. Il la reconnaissait. Ce ne pouvait pas être une autre chanson n’est-ce pas ? C’était elle, celle qu’il entendait dans ces rêves. Il se redressât rapidement, en position défensive, mais cette fois, tout était différent parce que c’était réel.
Ce n’était pas un rêve, tout était là , l’auberge, il avait pleine possession de ses moyens, seule la musique résonnait dans sa tête. Pourquoi ses grands-parents ne s’étaient pas réveillés ? Pourquoi était-il le seul à entendre la mélodie au koto ? Quelqu’un était là , en bas et il jouait. Etait-ce cette personne qui tentait d’attraper Asato dans ses rêves ? Alors elle était bien réelle. Il se relevât précautionneusement, le rythme de la musique s’intensifiât. Le jeune serveur trouvât une longue tige en métal dans sa chambre, elle était tirée d’un ancien porte kimono, seulement, celui-ci c’était cassé sous le poids de ceux de sa mère et il l’avait conservé, cette fois, il se félicitât de ne pas l’avoir jeté.
Armé de la tige lourde et longue, il décalât doucement la porte en papier coulissante qui fermait sa chambre. Elle s’ouvrit d’abord de petits à -coups, manquant de faire arrêter son cœur, puis elle glissât doucement dans un léger bruit de frottement.
Le couloir était plongé dans la pénombre, la chambre de ses grands-parents à l’autre bout de celui-ci. Elle n’était pas éclairée, alors il était le seul à entendre la mélodie ? A l’opposé, la lumière dans la salle principale illuminait faiblement les premières marches de l’escalier.
Alors, armé de tout son courage et sa haine envers la personne qui le torturait ainsi, Asato maintint la pression de sa main sur la tige et commençât à avancer dans vers le rez de chaussée et mit son pied sur la première marche avant de descendre sur la deuxième et doucement les autres suivirent.
Bien sûr qu’il avait peur, il était même paniqué. Peut-être était-ce un Yokai, ou bien même un Yurei(2) venu le terroriser. Son cœur battait la chamade, ses jambes menaçaient de succomber à son poids à chaque instant mais il continuait son avancée.
Les pas terrorisants de ses rêves sur le parquet s’étaient transformés en les siens. Il les entendait, doucement, craquer, il voulait être discret, seulement, c’était difficile. En s’engouffrant dans la cuisine, le sol devint glacé et dur, c’était de la pierre, il n’avait plus à avoir peur de faire de bruit. Alors il s’accroupit et avançât doucement jusqu’à la porte qui donnait sur la pièce principale.
Asato déglutit, effrayé. Seules les notes de koto résonnaient dans la pièce. Terrifiantes, glaçantes, incroyablement froides. Il prit une respiration et en attendant que son cœur s’apaise un minimum, il se rendit compte que la chanson semblait joyeuse. Elle ne ressemblait pas à une scène de mort(3). Elle évoquait une renaissance, quelque chose qui vit à nouveau. Non, un Yokai ne jouerait pas ça. Alors, légèrement rassuré il se relevât avant de doucement, décaler la porte coulissante en papier et de regarder par son entrebâillure. Aussitôt, son souffle se coupât et il restât bouche bée.
Une silhouette, enveloppée dans plusieurs couches de tissu se tenait assise au sol. Dos à Asato, un homme jouait du Koto, l’instrument magistral disposé à ses pieds, ses doigts fins se déplaçaient au fil des cordes, délicatement. Il portait de luxueux Kimonos, ils semblaient brodés d’or, tellement resplendissants. Ils avaient l’air lourd.
Asato ne pouvait voir son visage, seulement ses longs cheveux noirs, ils semblaient interminables. Ses gestes étaient précis, doux, envoutants. Parfois, il penchait doucement la tête à gauche, accompagnant ses mouvements.
Autour de lui étaient disposés une dizaine de bougies allumées, la cire fondait sur le sol, combien de temps cela faisait-il qu’il les avait allumées ? Après tout, la scène semblait intemporelle, tout droit sortie d’un film sur l’antique Edo. Un froid presque glacial s’était emparé de la pièce.
De ses gestes lents et experts, il subjuguât Asato qui ne put s’empêcher de l’admirer. Il ressemblait à un prince. La chanson s’intensifiât et l’homme commençât à murmurer de légères phrases inaudibles. Doucement, sa voix était étrange, il l’avait déjà entendue. Et soudain, tout se rappelât à lui au même moment où il posât ses yeux sur ses avant-bras blancs comme la neige et presque transparent.
Asato se reculât brusquement et laissât tomber la tige en fer au sol avant de trébucher dans le brasero et de se couvrir de suie brulante. La chanson s’arrêtât, et l’homme de l’autre côté de la pièce se figeât avant de brusquement se retourner vers le jeune serveur. Par l’entrebâillure de la porte Asato, paniqué ne vit pas son visage, seulement ses yeux qui le terrifièrent. Il comprit que cet homme en avait après lui, c’était celui des rêves, celui qui voulait le dévorer.
Un œil couleur or, des pupilles contractées, comme un animal chassant sa proie. De fins sourcils se fronçant et sa langue passant sur ses canines. Il n’était pas humain, c’était sûr. Il vit l’homme bouger, sûrement se lever pour se lancer à sa poursuite et le sang d’Asato ne fit qu’un tour dans son corps. Accroupit il se redressât tant bien que mal avant de courir à quatre pattes dans l’escalier.
Derrière lui il entendit un fracas puis la porte coulissante s’ouvrir en précipitation, manquant de la briser. Le jeune homme courût alors encore plus vite avant de se jeter dans sa chambre et de refermer la porte. Etait-il en sécurité ? Il avait tellement peur.
Qui était-ce ? Raijin(4) ? Non… Le dieu de la foudre a les cheveux rouges, et que serait-il venu faire dans une telle campagne, dans une simple auberge pour jouer du Koto et s’emparer d’Asato ? Il était paniqué, ses idées n’étaient plus claires. Il ne remarquât même pas que les braises du foyer ne l’avaient pas brulé. Doucement, interrompant ses pensées, il entendit des pas sur le sol.
Cette fois, il n’y avait pas le koto pour distraire ses pensées de l’oppressante réalité de cette personne approchant. Le parquet craquât, un pas puis deux et les suivants. Doucement, l’un après l’autre. Il n’était pas loin, tout proche. Une silhouette apparût à travers les cloisons en papier. Une ombre bouffie, épaisse, sûrement était-ce les lourds kimonos de l’homme se dit Asato en commençant à gémir et pleurer avant de se prostrer dans un des coins de sa chambre. Soudain, les bougies s’éteignirent d’un coup, effaçant les dernières traces de lumière et d’espoir de l’auberge. Asato poussât un cri et lorsque la porte se décalât doucement il se précipitât dans son placard à futon pour s’y cacher avant de le refermer.
La créature entrât doucement dans la chambre, avançant lourdement avant de se poster devant le renfoncement, elle entendait les pleurs d’Asato. D’un coup brusque elle ouvrit le placard et saisit son tibia. Le jeune homme hurlât, tremblant avant de se rendre compte que l’emprise était chaude. C’était une main âgée. Il gardât les yeux ouverts, figé avant de comprendre. « Sors de là idiot ! » Hurlât sa grand-mère, courbée, en kimono de nuit blanc.
« Récure plus fort fils d’incompétent ! » ordonnât la vieille femme avant de retourner en cuisine. Asato soupirât, il était redevenu le même que lors de cette dernière semaine, éteint, distant, ailleurs. Son esprit voguait quelque part, bien loin de cette réalité. Alors il s’exécutât, récurant le sol avec un torchon. Les clients du bar le dévisageaient avant que l’un d’eux n’accoste la vieille dame lors de son retour en salle.
- Yamada-san ! Qu’est-ce que votre petit fils a fait pour que vous le traitiez si mal ?
- Ah ça Tomoyuki-san ! Si vous saviez, hier soir il a couru dans toute l’auberge, a cassé mon brasero et s’est caché dans un placard en mettant de la suie sur tous mes beaux futons. J’ai été obligée de me relever pour l’attraper ce fou.
Les clients se mirent à rire et la vieille dame reprit.
- Je ne sais pas ce que j’ai fait aux dieux pour avoir un petit fils possédé par les Yokai… Je devrais l’emmener chez le sorcier...
- Grand-mère ! Il y avait des lumières tu les as vu ! Les bougies ! S’insurgeât Asato avant d’être rapidement corrigé d’un coup de son aïeule.
- Ne dis pas de bêtises ! Il n’y avait rien !
Le jeune homme soupirât, il commençait à être habitué à ce qu’on ne le comprenne pas. Alors il reprit le nettoyage en silence, entendant sa grand-mère se plaindre de lui aux autres clients.
Il fit le tour d’une table, les bras tendus sur le torchon humide, les jambes à demi fléchit, comme la manière ancestrale. Puis il traçât une longue ligne en courant, puis une autre, la transversale jusqu’à se mettre à récurer les coins. Le jeune homme passât sa main trempée sur son front et remontât ses cheveux sous son bandeau avant de nettoyer le recoin d’un meuble.
En passant le tissu blanc il heurtât quelque chose, l’interpellant. Il se penchât et observât le petit interstice. Dedans il vit une petite liasse de papiers collés par de la cire. Il l’arrachât, de la cire, cela lui rappelât de mauvais souvenirs.
Accroupis sur ses talons il ouvrit l’ensemble de papiers. Plusieurs pages noircies de lignes, des partitions. Lorsqu’il comprit, ses pupilles se contractèrent. Il tournât brusquement le papier, c’était toujours aussi incompréhensible pour lui. Derrière lui sa grand-mère saisit son épaule pour le remettre au travail mais il la repoussât brusquement, ne quittant pas les feuilles des yeux, manquant de la faire tomber. Tous les clients le regardèrent comme s’il était possédé et lorsqu’il atteint enfin les dernières pages, il se mit à lire des mots, ces paroles qu’il n’était pas arrivé à lire. Ces paroles étranges, prononcés de sa voix étrange, cette partition était celle de la chanson de Koto qu’il avait entendue jouée par cet homme. Sur la première page, en anciens caractères était inscrit « Haru no Kyoku »(5). Se serait-il trompé depuis le début ? Ces phrases écrites, ces paroles inaudibles étaient si douces.
« Si la fauvette du buisson Ne chante pas Depuis les vallées Qui connaitra L’arrivée de l’été.
Profondément dans les montagnes La neige couvre toujours les pins. A la capitale les personnes ramassent de jeunes pousses Dans les champs
Si les fleurs de cerisiers n’avaient pas étés connues De notre monde Peut-être nos cœurs seraient Sereins au printemps
A dos de cheval allons à l’ancienne capitale A Nara comme les fleurs éclosent Plus blancs et profonds que la neige !
Seuls quelques étrangers de passage Regardent en arrière et voient Les glycines en fleur. S’élever en tourbillons Dans ma maisonnette
Chante fauvette, chante. N’arrête jamais ta chanson. Pour l’été Qui ne vient qu’une fois par an ! »
(1) : Umiko, littéralement, Enfant de la mer. (2) Yurei : Fantômes Japonais, la plus connue étant Sadako. (3) Les morceaux traditionnels de Koto sont souvent réalisés pour des opéras et traduisent des scènes (4) Raijin : Yokai primaire Japonais. Dieu de la foudre, il a de longs cheveux rouges, joue de la musique, souvent du tambour. (5) Haru no Kyoku : Ode à l’été.
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Dernière édition par Yusuki le 30.08.11 22:51, édité 4 fois |
|  | | mugi-chan Chips


Messages: 367 Date d'inscription: 27/04/2011 Age: 16 Localisation: Paumée quelque part dans les Pyrénées
 | Sujet: Re: Bakeneko [YAOI] 24.08.11 19:58 | |
| ... Ouais, des contes! o/ Trop bien !!! Décidément, j'adore ton style, c'est vraiment bien écrit. *-* |
|  | | Yusuki Beta


Messages: 491 Date d'inscription: 24/03/2011 Age: 22 Localisation: Dans ton cul ~
 | Sujet: Re: Bakeneko [YAOI] 26.08.11 10:18 | |
| Merci ma Muginette d'amour PAS DU TOUT INFLUENCEE ! MAIS PAS DU TOUT !!!! XD Comme tu es gentille, que je suis gentil, que le monde entier est gentil, voici la partie suivante, la deux. Si c'est trop désagréable de lire sur le forum, je te conseille de le lire sur Fanfic.fr avec ce Lien
J'ai vraiment essayé de rendre ces mythes aussi simples que possible, j'espère que ça ira, qu'il n'y a pas des choses trop confuses, si c'est le cas, ne pas hesiter à me le dire. Et je précise que tous les mythes du folklore Japonais (J'entends les bakeneko, les Yokais...) que j'évoquerais notament dans le prochain chapitre (il y en aura quelques uns) sont tous réels, je veux pas dire qu'ils existent hein, chacun ses croyances (Je précise que je ne suis pas Shintoiste quand même XD) mais qu'ils existent tous dans le folklore Japonais, ils sont juste réadaptés par moi. Donc tout ce qui peut paraitre original dans cette histoire n'est pas à moi XD. Voilà ~~~ A la prochaine
(Je précise aussi qu'il y aura un deuxième conte, si vous devinez le nom (genre c'est difficile) vous aurez droit à un super cadeau, pleins d'amour de ma part) |
|  | | Invité Invité

 | Sujet: Re: Bakeneko [YAOI] 27.08.11 16:46 | |
| WA o_o. Asato qui flippe dans la forêt on dirait Saka qui flippe en allant dans son garage la nuit xD. A certain moment je n'avais pas l'impression d'être dans le Japon d'aujourd'hui ( fin c'est le but ) mais ça en rajoute quoi. Bref j'ai adorée. C'était agréable à lire et évidemment, tu écris toujours aussi bien. J'attend la suite o/ ( peut-être qu'un jour j'arriverais à faire un bon commentaire ! ) |
|  | | Itomi Auteur


Messages: 216 Date d'inscription: 13/03/2011 Age: 16 Localisation: Au dessus de vous mouahah !
 | Sujet: Re: Bakeneko [YAOI] 28.08.11 20:12 | |
| Moi qui a peur de tout ce qui est esprit là je suis servit >.< mais j'adore ! tu écris toujours aussi bien U_U à chaque fois tes fic' sont super c'est pas juste moi aussi je veux écrire aussi bien é-è Asato me rapelle moi quand je monte les escaliers quatre à quatre quand il fait noir XD (maudite soient mes copines qui aime regardé des films d'horreur XD (je parle de Ruru et d'une autre U_U) Je deviens parano à cause de ça >.< surtout que vu que j'ai des animaux (exemple canaries) des fois ils font des bruits et je commence à flipper toute seule xD (enfin bref j'arrête de raconter ma vie U_U ) |
|  | | Yusuki Beta


Messages: 491 Date d'inscription: 24/03/2011 Age: 22 Localisation: Dans ton cul ~
 | Sujet: Re: Bakeneko [YAOI] 30.08.11 22:56 | |
| Et comme je suis gentil, Je vous poste la troisième partie ce soir, si le coeur vous en dit, vous pouvez aller la lire. Cependant, quelques précisions.
Je vous invite à écouter Haru no kyoku, chanson dont il est question dans cette partie, si vous avez la flemme de vous farcir tout le début aux kotos, les paroles commencent à 8min. Les paroles ont étées traduites à l'oreille par moi, donc bon, je doute que vous dealiez ces infos sur le net mais bon, si vous les réutilisez, c'est pas mal de me citer. Voilà , une partie dans laquelle on en apprends un peu plus sur les rêves flippants d'Asato, et où on commence à y voir un peu plus clair. : D J'espère qu'elle vous plaira : D
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|  | | mugi-chan Chips


Messages: 367 Date d'inscription: 27/04/2011 Age: 16 Localisation: Paumée quelque part dans les Pyrénées
 | Sujet: Re: Bakeneko [YAOI] 31.08.11 22:25 | |
| Très bon troisième chapitre, j'attends la site avec impatience ! o/ |
|  | | Yusuki Beta


Messages: 491 Date d'inscription: 24/03/2011 Age: 22 Localisation: Dans ton cul ~
 | Sujet: Re: Bakeneko [YAOI] 02.09.11 21:41 | |
| Partie 4 | Spoiler: | | |
« Dis-moi Hayate… » Le ton monocorde et éteint d’Asato interrompit le cuisinier. Ses zashis trainant dans la boue, il se décalât doucement sur un petit ponton en bois. Il avait plu toute la nuit. Sur les feuilles vertes ruisselaient encore des gouttes d’eau.
- Qu’est-ce qu’il y a ? Tu es fatigué ?
Asato levât péniblement le regard à son ami. Il semblait inquiet. Dans son dos, un énorme sac plein de légume qu’ils venaient tout juste d’aller chercher au petit jardin de l’auberge, un peu plus haut dans la montagne. Le brun fit signe au cuisinier de recommencer à marcher, qu’il lui poserait sa question lorsque ce sera fait. Alors il s’exécutât, reprenant la randonnée.
Il régnait un lourd brouillard sur la forêt, il englobait les arbres, les dissimulait, ainsi, le paysage n’était pas beau, juste inquiétant. L’humidité ambiante accrochait les bronches, il faisait froid, la boue recouvrait tout le bas de leurs pantalons. Ils entendirent de loin l’air de Taiko(1) et de Shamisen(2) d’un rituel dans le village voisin, les divinités de la forêt seraient sans doute louées aujourd’hui. Alors Asato reprit sa phrase, de sa voix toujours endormie.
- Est-ce qu’on peut paraitre mauvais et être bon ?
- Tu veux dire… Comme le Durian ? (3)
- Non… Plutôt comme les anguilles.
- Les anguilles ont l’air mauvaises ?
Asato mûrit davantage sa réflexion avant de l’expliquer.
- Les anguilles sont vraiment laides. On croirait voir de petites murènes, pourtant, quand on les goute elles sont douces et pleines de vertus médicinales.
- Oui et ?
- Est-ce qu’on peut appliquer ça aux gens ?
Tout en continuant à avancer, Hayate se posât des questions. Que voulait-il dire ? Il pensait trouver une piste quant à l’attitude étrange de son ami ces derniers jours, alors il jouât le jeu, continuant à avancer sur les pentes raides et boueuses.
- Je pense. Si la nature peut être comme ça… Les humains viennent de la nature n’est-ce pas ? Nous sommes comme les anguilles.
Asato s’arrêtât quelques secondes. Les humains liés à la nature… Et cette étrange créature, si elle était un Yokai, elle aurait en viendrait. Elle pourrait être douce aussi n’est-ce pas ? Il recommençât à avancer, rattrapant son retard et repositionnât son sac sur son dos. Ce fût à Hayate de le questionner.
- Pourquoi tu te poses cette question ? Tu as vu quelqu’un qui ressemblait à une anguille ?
- Pas tout à fait.
Il ne se souvenait même plus de ce à quoi il ressemblait, c’était un homme, de longs cheveux noirs, des habits de prince et ces yeux glaçants, il frissonnât.
- Ne parlons plus de ça, mais dis-moi, est-ce que tu connaîtrais une chanson au Koto appelée Natsu no Kyoku.
Il savait qu’Hayate était plus cultivé que lui, il allait plus souvent en ville et avait fait plus d’études que lui, alors il s’y fiât et eut raison.
- Bien sûr, c’est assez connu.
- Qu’est-ce que tu peux me dire dessus ?
Le jeune cuisinier évitât une racine et continuât son chemin.
- Là , je ne peux pas te dire grand-chose, mais si tu veux, après le travail on ira chercher sur internet dans mon appart, d’accord ?
Asato hochât la tête avant de retomber dans sa torpeur habituelle, comme si parler et réagir lui demandait une énergie qu’il n’avait pas.
« Voilà ! Regarde ! » Hayate bougeât le curseur jusqu’à cliquer sur le lien vers une explication et la lit à voix haute à Asato, assis au Kotatsu un peu plus loin. « Natsu no Kyoku, l’ode à l’été fait partie d’un opéra en cinq actes, Kokin no kumi parmi lesquels nous trouvons quatre chansons dédiées aux saisons et une autre, Chidori no Kyoku. » Il s’arrêtât et fit rouler la molette pour s’épargner de fastidieuses explications. Derrière lui, Asato ne dit rien, les yeux rivés sur son thé il ne pensait qu’à une chose, rentrer voir Yamiyo. Ce matin il n’avait pu que peu lui parler, lui racontant seulement quelques banalités sur le fait qu’il ne voulait pas aller chercher des légumes au potager puis qu’il avait peur de la montagne, sur les mauvais traitements de sa grand-mère ou encore sur le temps qu’il faisait.
« Apparemment, ça date du début du siècle dernier. Incroyable. » Hayate fermât son ordinateur portable et pivotât sur lui-même.
- Pourquoi tu voulais plus d’infos là -dessus ? Tu veux devenir mélomane ?
Asato ne répondit rien, se contentant de lever les yeux sur son interlocuteur avant de les rabaisser presqu’instantanément avec cet air creux toujours si oppressant. « Je t’ai posé une question. » Répétât Hayate qui commençait à s’énerver, alors, doucement, le brun sortit du croisement de son kimono sur le torse la partition qu’il avait retrouvé il y avait quelques jours, il la confiât aux bons soins du cuisinier qui la dépliât avant d’en parcourir toutes les pages. Cependant, quelque chose l’interpelât, ça ne voulait rien dire. Toutes les pages étaient strictement blanches. Le papier était vieux, usé, mais à part ça, il n’y avait ni partition, ni paroles, absolument rien.
- Qu’est-ce que ça veut dire ?
- Lis la partition, j’ai retrouvé ça sur le sol de l’auberge.
Hayate s’arrêtât, regardant une deuxième fois le papier mais il n’y avait toujours aucun signe d’encre. Il relevât son regard sur son ami, qui ne semblait pas voir de problèmes. Il eut réellement peur. Et si, comme sa grand-mère le prétendait, il devenait réellement fou ? Elle lui avait raconté la nuit où elle l’avait pris à courir dans l’auberge en hurlant, semblant fuir quelque chose, ou celle encore où il avait cassé le braséro. Son ami d’enfance ne pouvait pas le croire, Asato avait toujours été si vif et heureux, c’était lui qui lui donnait la motivation pour aller travailler chaque matins, et cette fois, il n’était tout simplement pas le même. Maintenant il semblait rêver en permanence, ses yeux toujours vides, comme s’ils s’étaient trouvés remplis d’ombre. Quelque chose l’avait changé mais quoi. Hayate songeât à quand tout cela avait commencé, il ne mit pas longtemps à comprendre que c’était cette fameuse soirée où il l’avait attendu devant le pavillon pour aller éteindre la lanterne. Le lendemain il avait tenu des propos tellement incohérents, comme quoi ils seraient partis tous les deux et qu’il l’aurait abandonné, il n’aurait jamais fait ça, sachant que le jeune homme avait une peur bleue de la forêt.
Ses yeux se baissèrent avant de rendre le papier à Asato qui l’ouvrit.
- Qu’en penses-tu ? Demandât-il.
- Pas grand-chose.
Hayate fut embêté de donner une telle réponse, bien sûr qu’il en pensait quelque chose, même beaucoup trop. Il détournât le regard, gêné, terrifié qu’il puisse avoir raison sur l’état mental de son ami. Asato lui retournât les feuilles et pointât du doigt une parcelle de papier, bien sûr, elle était complètement blanche.
- Que penses-tu que cette phrase veut dire ? « Si les fleurs de cerisiers n’avaient pas étés connues de notre monde peut-être nos cœurs seraient sereins au printemps »
Le jeune blond frappât la table du poing avant de se saisir du carnet de partition vide et de le froisser entre ses doigts. Asato le regardât comme si c’était lui le fou. Mais comment avait-il pu connaitre cette phrase alors qu’il prétendait ne pas connaitre cette chanson ? Hayate l’avait vue, écrite sur le site qu’il venait de consulter, mais son ami non et cette feuille était toujours désespérément blanche. Alors, il était vraiment fou. Le cuisinier ne pouvait pas le laisser passer comme ça, ne pas le laisser sombrer, la colère et le désespoir s’emmagasinaient en lui.
- Putain ! Asato, qu’est-ce qui t’arrive ?! Y’a rien sur cette feuille ! Elle est blanche !
Son ami semblât dérouté et regardât une nouvelle fois la partition, rarement il n’avait vu tant d’écritures sur une page. Il ne comprit pas, c’était insensé, comme cette fois où Hayate avait prétendu l’attendre alors qu’il l’avait laissé tomber.
- Je… Je vois les écritures dessus… Je peux te les lire…
Asato saisit la partition et en lût le contenu. Plus long qu’un Haïku, ce poème était beau, inspiré par des sentiments purs et doux, il ne pouvait être joué par une mauvaise personne n’est-ce pas ? Arrivé à la moitié, Hayate perdit patiente et arrachât les feuilles reliées des mains de son ami avant de les réduire en une boule de papier. Le brun sortit de sa torpeur et sentit l’affront monter en lui, la fatigue de devoir se justifier et de ne pas être cru.
- Hayate espèce d’idiot ! J’ai vraiment vu cet homme, il jouait du koto, au rez de chaussée, et là , sur ce papier, il y a des écritures ! Je les vois comme je te vois ! Est-ce que toi tu es vraiment réel ? Comment peux-tu le prouver autrement qu’elles ?
- Tu deviens complétement fou Asato ! Est-ce que tu t’en rends compte ?!
Le brun se relevât brusquement et attrapât son sac au sol.
- Ce que je vois c’est que tu es comme ma grand-mère, tu crois que j’ai perdu pied ! J’aurais aimé que tu me comprennes et me soutienne !
Asato quittât l’appartement de son ami, chausson aux pieds. Il n’y avait qu’une personne pour le croire en ce monde et c’était Yamiyo. Quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, le chat lui témoignait toujours autant d’affection. Il se promit qu’en rentrant il lui demanderait ce qu’il pensait de cet homme aux cheveux noirs.
Le jeune homme dévalât les escaliers et après avoir slalomé dans les quartiers du petit village de Tôhô, il se retrouvât sur la route. Bien sûr, Hayate l’avait emmené ici en voiture, l’auberge était encore loin et la route passait en plein milieu de la forêt, la cernant, angoissante.
L’air frais se faufilait entre les hauts arbres, jusqu’à glacer les os d’Asato, il refermât ses bras sur son torse pour se réchauffait mais rien n’y fit, cette odeur de mousse, de sous-bois et de forêt s’accompagnait de quelque chose de terrifiant. Il se résolût à retourner voir Hayate pour qu’il le raccompagne, laissant de côté sa fierté. Le peu de contrôle qu’il opérait sur son esprit à ce moment-là ne lui autorisait pas ce genre de luxes.
Il pivotât sur ses pieds, son nez rougi et glacé entre ses mains et vit Hayate courir vers lui, de l’autre bout de la route. Ses cheveux blonds se secouant rapidement avec l’air, il semblait vraiment inquiet. Lorsqu’il aperçût son ami, il ralentit, laissant ses bras se balancer, il finit par les laisser retomber sur ses genoux pour haleter.
Asato le regardât de son air creux et le rejoint, dans les ruelles désertes on entendait que sa respiration lourde et saccadée. Alors il était venu le rechercher ? Un fou comme lui ? Il reprit rapidement son attitude lointaine et Hayate se redressât, il voulût s’excuser mais le brun l’interrompit d’un geste de la main, lui signifiant que ça ne servait à rien, que l’heure était à autre chose, la forêt les encerclait et il voulait retourner rapidement chez lui, avec Yamiyo. Sans vraiment l’expliquer, il se sentait aussi attiré que repoussé par les bois, une sensation de tiraillement avait pris possession de lui, il voulait juste fuir.
Dans la voiture, les deux amis ne dirent rien. Son visage collé contre la vitre, Asato regardait les kilomètres filer. C’était le trajet que faisait Hayate tous les matins et tous les soirs où il ne restait pas à l’auberge. Seul, dans sa voiture il avalait la route. Il devait y avoir des jours où il était fatigué, où il ne voulait pas rentrer, bien sûr qu’il y en avait, mais il ne voulait surtout pas déranger son meilleur ami en restant à l’auberge. Asato était comme un petit frère qu’il voulait protéger, ils avaient grandi ensemble, fais des bêtises de concert. Il y avait cette fois où ils avaient accroché un cerf-volant dans un arbre et en voulant le décrocher, ils en avaient arraché une branche et brisé leur jouet, le père du brun les avait poursuivis dans toute l’auberge. Ou encore cette fois où Asato avait décidé de faire du thé à son ami alors qu’il commençait tout juste son apprentissage dans le domaine de la cuisine, il avait renversé l’eau brulante dans toute la cuisine, elle se répandit jusqu’à la salle où elle abîmât le superbe parquet. Les grands parents d’Asato avaient étés furieux, mais Hayate avait assumé sa part de responsabilités en prétendant l’avoir poussé sans le faire exprès. Ils étaient inséparables, dormant toujours ensemble jusqu’à l’âge de l’indépendance d’Hayate. Peut-être avais-ce blessé son ami… Il détournât légèrement le regard de la route pour l’observer, lui était toujours collé contre la vitre.
Dehors il faisait froid, Asato pouvait le sentir au contact glacé avec le verre de la fenêtre de la voiture. Sans vraiment faire attention, il rivait son regard vers la forêt qui défilait devant ses yeux, toujours ces couleurs sombres, inquiétantes, noires, brunes et soudain, tranchant radicalement avec l’insécurité du foret apparaissent une silhouette rouge. Asato la reconnait instantanément et sans réfléchir par réflexe hurle à Hayate de s’arrêter, le blond ralentit doucement, un peu incrédule.
- Quoi ?
- Arrête toi je t’ai dit !!!
- Maintenant ?
Asato trépignât sur son siège et ouvrit la portière alors qu’ils allaient encore à une bonne trentaine de kilomètre heure. Hayate retint son bras, lâchant d’une main le volant, manœuvrant difficilement.
- Tu es fou ! Arrête-toi !
- Lâche-moi ! Il est là ! Je l’ai vu, je dois aller lui demander pour la chanson.
La voiture dérapât sur quelques mètres avant de se stopper, en travers de la route. Le crâne d’Hayate heurtât son volant tandis qu’Asato se ruât hors de l’habitacle.
Sonné, le blond mit quelques secondes à retrouver ses esprits, son crâne saignait légèrement, sa mâchoire lui faisait incroyablement mal. Il se détachât du volant, doucement et réévaluât la situation. Où était Asato ? Il sortit précipitamment de la voiture et observât la route, partout autour de lui, la forêt menaçante et aucunes traces d’Asato. Il se mit alors à hurler son nom, sentant un mince filet de sang glisser le long de sa tempe mais rien n’y fit, le jeune ne répondit pas, et ne le ferais plus jamais.
« Asato !!! » Un cri se répercutât doucement contre les arbres, sur la mousse, les pierres et le sol, mais personne pour lui répondre. L’intéressait n’y pensait plus. Avait-il seulement un nom à ce moment-là ? Il ne faisait que répondre à un appel, celui de cette silhouette rouge croisée du coin de l’œil. Il était là , dans la forêt, il fallait qu’il le retrouve, lui demander s’il voulait son bien ou sa fin, il était persuadé que ça ne pouvait être la deuxième proposition. Les paroles de la chanson étaient tellement belles, cette poésie, le fait de les aimer ne pouvait pas être mauvais. Il voulait le croire, alors il courût plus vite encore, se prenant les pieds dans une racine et chutant dans la boue avant de se redresser et de recommencer à chercher. Il devait être là , l’odeur de foret qu’il dégageait était ici indivisible de celle des sous-bois. Est-ce que cet homme était seulement réel.
Au bout de longues minutes de recherches il aperçût au loin une faible lumière, en se retournant, il se rendit compte que comme lors de la première fois, la forêt s’était complétement refermée derrière lui et cette fois ci il se sentit plus comme protégé qu’agressé. Il ralentit sa course jusqu’à finir par marcher. Le jeune homme avançât doucement vers la lumière, comme un papillon attiré, il ne regardait plus vraiment où il mettait les pieds, elle était devenue tout ce qui comptait. Dans ses pensées, l’auberge, ses grands-parents et même Hayate n’existaient plus. Il n’y avait que cette soirée, cet homme et cette lumière.
Quelques secondes filèrent avant qu’il n’arrive devant la source de lumière, caché derrière un arbre il comprit que ce n’était pas une lanterne mais un feu à même le sol, en se décalant un peu, il aperçût une grande silhouette. C’était lui, cet homme qui jouait du Koto ! Il était toujours de dos, portait une immense veste de Kimono rouge fastueuse et brodée d’or. Elle trainait au sol mais la boue semblait ne pas avoir d’emprise sur cette merveille, comme si elle était irréelle. Il tendit ses mains pour jeter de l’encens dans le feu, Asato fût une nouvelle fois choqué par leur transparence, d’un blanc riz, on distinguait à leur travers la forêt. Qu’était-il ? Le jeune homme resserrât ses poings et se décalât doucement de l’arbre, terrifié. Cette fois ci il voulait tirer ça au clair, cet homme, qu’était-il exactement ? Pouvait-il y avoir de bons Yokai ?
Les traits fins de l’homme de la forêt se dessinèrent au fur et à mesure qu’il détournait son regard du feu pour le porter sur Asato. Incontestablement il était aussi beau que terrifiant. Ses deux yeux d’un jaune d’or perçants semblaient aussi irréels que ses bras, ses lèvres fines et pâles s’étirèrent dans un sourire sans expression. On aurait peiné à dire s’il était malsain ou réconfortant. Il avait un nez fin, un visage que l’on voit dans les estampes millénaires, fins, délicats, couleur riz. Avec ces vêtements fastueux comprenant plusieurs couches de tissus épais, il ressemblait à un fils de Shogun.
Complétement immobilisé par le charisme et la prestance de son hôte, Asato restât immobile, debout, comme un lapin dans les phares d’une voiture. Ses petites lèvres s’entrouvrirent mais il ne pût rien dire. L’homme lui, se retournât complétement vers le feu et se baissât doucement, joignant ses mains l’une contre l’autre devant son visage et récitant quelques mantras avant de fixer à nouveau le brun jusqu’à commencer à avancer vers lui.
« Asato… » La voix glaciale et rauque de ce que le jeune homme prenait pour un prince le glaçât, il se souvint alors de ses rêves, malgré le poème, est-ce qu’il était aussi bon qu’il l’avait imaginé ? Il reculât légèrement alors que l’autre s’avançait, doucement, posant un pied devant l’autre, caché par son kimono gigantesque rouge, seul le claquement de ses getas au sol, comme un gong funèbre, résonnait dans la forêt. « Asato… Tu es venu » Complétât-il avant de chercher à attraper le poignet du serveur qui le retirât rapidement, il eut juste le temps de frôler sa peau du bout du doigt, provoquant un frisson glaçant dans tout son corps. Il retrouvât la peur qu’il ait connu mais ne pût s’enfuir, se contentant de se reculer doucement.
-Qui es-tu ?!
L’homme rit avant de disparaitre d’un clignement d’œil et de réapparaitre dans le dos d’Asato qui, sans faire attention et continuant de reculer, se blottis dans la superposition de tissus chauds et doux croisés sur le torse de l’homme qui jouait du Koto. Avant qu’il ne puisse s’enfuir, il refermât ses bras, enfermant le serveur contre lui, sa peau contre la sienne, glacée. Se baissant pour chuchoter à son oreille, Asato sentit son souffle glacé dans son cou.
- Qui je suis ? J’aurais espéré que tu me reconnaisses. Dans ce monde comme dans l’autre tu es mon promis, depuis cette nuit où tu m’as recueillis et donné un nom. Je suis le Bakeneko Yamiyo.
(1) Taiko : Tambours traditionnels (2) Shamisen : Sorte de luth Japonais qui se joue à l’air d’un grand médiator triangulaire.
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Partie 5
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Les Bakeneko… Ne vous fiez pas à l’apparence humaine qu’ils peuvent prendre, ils n’ont rien de cette espèce. Créatures nées de la nature, tenant tant du chat que du Yokai, ils terrorisent les villageois. Effrayés par les lumières de la vie moderne, les nouvelles générations ont tendance à oublier cette menace venant de la forêt jusqu’à même ne la prendre que pour des racontars de vieux fous, seulement, tout cela est bien réel.
Malgré leur forte capacité à s’adapter au mode de vie humain, ils demandent une grande quantité d’énergie pour chasser ou même adopter une forme humaine. La seule façon de les distinguer lorsqu’ils tentent d’attirer des proies ainsi sont leurs bras et jambes qui restent d’une opacité toute relative. Tout ce qu’ils touchent sous cette forme se trouve vidé d’énergie, elle est comme absorbée et la victime se sent glacer de l’intérieur. A une époque où ces créatures étaient plus courantes, il n’était pas rare de retrouver des petits animaux morts, comme endormis dans la forêt. Toute leur énergie avait été vidée, comme engloutie par quelque chose.
Seulement, les Bakeneko ne peuvent rester indéfiniment comme ça, absorber l’énergie de petites créatures ne rassasie jamais vraiment ces Yokai, ils doivent alors impérativement trouver un humain et s’unir à lui.
« Q-quoi ? Ton promis ?! » Asato se défit de l’emprise du Yokai pour s’éloigner de quelques mètres et se sentir légèrement rassuré, près du feu. Devant lui, Yamiyo, ce qui était encore son chat il y avait quelques heures semblait s’être transformé en… Homme ? Ce n’était vraiment pas possible. Pourtant, il l’avait senti, ses bras, comme s’il touchait une personne réelle, qu’est-ce que c’était ? Ses bras étaient encore presque transparents, il n’était pas humain. Il levât doucement les yeux sur lui et sourit, Asato entrevit ses canines d’animaux, longues, pointues menaçantes.
-Oui, mon promis, celui qui m’est destiné, dans ce monde, nous devons être unis.
- U… Unis ? Destiné ? Ça ne veut rien dire, tu n’es pas Yamiyo.
Le Bakeneko sourit avant de recommencer à avancer, plus pour presser le jeune homme à le croire que dans une démarche offensive, maintenant qu’il était enfermé dans la forêt, quoi qu’il fasse il ne pourrait plus lui échapper. Son long kimono trainât au sol et le bruit menaçant de ses getas raclant la boue fit encore plus peur à Asato.
- Je ne ferais plus qu’un avec toi, c’est la tradition.
Cette dernière phrase inquiétât le jeune homme au plus haut point. Ne faire plus qu’un, qu’est-ce que ça pouvait vouloir dire ? Il était persuadé qu’il était gentil. Il l’était, il l’était, il fallait qu’il le soit, sinon, il serait en trop mauvaise posture. En face de lui, Yamiyo souriait de plus en plus, se délectant à l’avance de son festin.
- La chanson, la chanson, L’ode à l’été ! Est-ce que c’était vous qui la jouiez ?!
- Oui.
- Pourquoi ?
Le Yokai pouffât de la naïveté de son captif. Pourquoi ? C’était bien simple, pour l’attirer, pour mieux le posséder, pour asseoir son emprise mentale sur lui, malgré toutes ses tentatives elle n’était jamais assez puissante pour lui permettre de l’entrainer dans ses filets. Toutes ces nuits où il l’avait pourchassé, toutes ces nuits où il lui échappait au dernier moment. C’était rageant, ça l’avait énervé. Il n’en pouvait plus, pourquoi était-il encore à essayer de le convaincre alors qu’il était entièrement soumis à son bon vouloir dans cette prison où les barreaux étaient des arbres. Des arbres…
Yamiyo avançât plus vite, poussant Asato à reculer davantage, de plus en plus rapidement, il avait peur, ses jambes manquaient de le lâcher, seulement il continuât, le plus vite possible à se reculer, seulement ses talons se prirent à nouveau dans une racine et il trébuchât au sol. Il ne se démontât pas, regardant toujours le Yokai, face à lui, il reculât à nouveau, comme un insecte jusqu’à ce que son dernier espoir cède lorsque son dos butât dans un arbre. En un quart de seconde le monstre fondit sur lui, accroupis au sol par-dessus lui, bloquant toute retraite il dépliât ses bras de part et d’autres du visage du brun qui poussât un petit cri. Les longs pans des manches du kimono rouge coupât la vue d’Asato, comme dans une prison de tissus il levât légèrement la tête, aux coins de ses yeux perlaient de fines larmes lorsqu’il vit le regard fixe de Yamiyo plonger dans le siens, elles semblèrent se geler. Le Yokai se contentât de l’observer, tournant son visage à droite ou à gauche, souriant de le voir si apeuré. Il en avait assez de jouer les humains, leurs relations compliquées ne l’intéressait pas, devoir séduire quelqu’un pour pouvoir le posséder, quelle idiotie. Alors, doucement il entrouvrit ses lèvres, bloquant Asato de terreur avant qu’il ne passe doucement la langue sur les lèvres de son captif. Asato sursautât, il ne s’y attendait pas du tout, n’y avait-il pas de genres chez les Yokai ou bien Yamiyo était une femme ? Il déviât légèrement son regard sur le croisement de tissus sur le torse du monstre et comme il s’était penché sur lui, aucun doute n’était possible. A en juger par sa poitrine plate, Yamiyo était bel et bien un homme. Alors, pourquoi lui faire ça à lui ? Il ne devait pas comprendre ce cela signifiait chez les humains. La langue râpeuse de Yamiyo le rappelât à l’ordre, même si elle ne faisait que caresser ses lèvres, c’était tellement sensuel. Asato se refusât à toute relation de ce genre avec un Yokai, question de principe et tentât de le repousser, seulement, à l’instant où sa main touchât le torse de l’esprit chat, il perdit toute la force qui la contenait, comme si elle passait en lui, il la laissât pitoyablement retomber dans la folle complexité de tissus croisés sur le torse de Yamiyo et s’y rattrapât. Le démon chat rit avant de doucement lécher les larmes de son captif, sentant son emprise sur les tissus du kimono qu’il portait. Plus la force d’Asato le quittait, plus le souffle de Yamiyo se réchauffait, incontestablement, il pompait son énergie. Sentir la langue d’un homme sur lui était assez étrange… Ce n’était pas désagréable, mais pourquoi diable avait-il cette réaction. Sans pouvoir se retenir, il poussât un long soupir sensuel avant de se reprendre, portant sa main à sa bouche. Le Bakeneko posât la sienne sur sa mâchoire, elle était glacée et vidât encore un peu plus Asato de son énergie. Il sentait peu à peu le souffle de son geôlier se rapprocher de son oreille, le rendant follement érotique. Ce n’était pas bon, pas bon du tout. Même si maintenant il pouvait s’enfuir, Yamiyo ayant laissé une ouverture, préférant caresser sa joue, il n’avait pas même l’énergie pour le repousser, alors s’échapper. Sa seule échappatoire était de convaincre le monstre de le laisser partir.
- P-pourquoi moi ? Demandât-il en pleurant doucement.
Yamiyo cessât de le lécher quelques secondes pour engouffrer son visage dans le cou de son promis et de susurrer à son oreille, maintenant sa mâchoire entre ses deux mains.
- Au moment même où tu m’as donné un nom, tu as scellé nos destins. Nous allons ne faire plus qu’un, je remercie les kamis de la forêt d’avoir fait que ce soit quelqu’un d’aussi beau qu’Asato qui partagera mon futur.
Ses mots firent rougir le brun qui n’y comprenait décidément rien, à vrai dire, son esprit n’était pas vraiment à la réflexion sur la logique des dires de Yamiyo, non, là , il était juste concentré sur son visage qui s’était écarté du siens et sur ses mains qui décalèrent la sienne doucement. Sensuellement, le démon chat caressât la lèvre inférieure d’Asato de son doigt, un mouvement vertical qui le fit rougir plus que tout. Il murmurât alors « Ne faire plus qu’un, qu’est-ce que ça veut dire ? » les yeux perdus dans ceux, jaune d’or de Yamiyo. Le chat ne dit rien, descendant son doigt le long du cou du brun, jusqu’à ses clavicules, jusqu’au croisement de son kimono de travail. Il rit avant de doucement le dénouer. « Des vêtements si rustres pour quelqu’un comme Asato, les humains peuvent être si cruels n’est-ce pas ? » Le jeune homme ne pût répondre, il se sentait de mieux en mieux, au fur et à mesure que l’énergie s’échappait de son corps, il entrait de plus en plus en transe, c’était comme s’il avait pris de la drogue, que se passait-il ? Le monstre était-il vraiment en train de l’absorber ? Il trouvât un tant soit peu d’énergie pour déposer sa main sur celle de Yamiyo, pour l’empêcher de le déshabiller d’avantage mais il eut du mal à s’y accrocher. Le chat soupirât, alors il n’était pas encore entièrement docile ? Comment se faisait-il qu’il puisse encore se refuser ? D’un geste sec il laissât retomber la main d’Asato sur sa cuisse et finit de défaire le croisement du Yukata.
Même s’il avait des critères esthétiques légèrement différents des humains, Yamiyo trouvât son captif particulièrement attirant ainsi, toutes ses forces l’abandonnant, touchant la fin du bout des doigts, touchant l’unification. Plus ses réticences laissaient place à de l’envie, plus il le trouvait beau. C’était ainsi chez les Yokai. Plus que son physique, c’était sa faiblesse qui plaisait à Yamiyo. Alors lui ôtant complétement son Yukata il rit doucement, de façon inquiétante.
Les bras ballants à droite et à gauche de son torse, Asato était déjà ailleurs, son esprit se sentait comme attiré par quelque chose, il voulait se fondre dans un tout, quelque part, tout était si confus. Il descendit doucement son regard sur Yamiyo qui déposât ses mains sur son torse, le faisant se cambrer, elles étaient glacées, comme mortes. Elles semblaient pomper son énergie, c’était une sensation tellement douce qu’il s’y abandonnât. Que penserait sa grand-mère si elle le voyait faire ce genre de choses… Avec un homme, un Yokai qui plus est.
Doucement, sensuellement, rapprochant son visage de la peau de son captif, Yamiyo laissât sa langue ronde et rose percer à travers ses lèvres rouge sang jusqu’à se poser sur le corps mat, brulé par le soleil d’Asato. Il frissonnât, puisant dans le peu d’énergie qui lui restait pour gémir, ce n’était pas normal que ce soit si bon n’est-ce pas ? Il rougit et de fines larmes perlèrent aux coins de ses yeux. Le chat caressât sa poitrine de sa langue, râpeuse, elle la faisait rougir, doucement, en l’embrassant, elle prit la couleur carmin des lèvres du Yokai.
Le frottement des vêtements des deux fiancés de la lune, les mains impatientes de Yamiyo, les soupirs implorants d’Asato et une fine musique qui commençait au loin. Une mélodie, au koto, comme lors des mariages, même si elle était brutale c’était une union que l’on célébrait ce soir-là . « Que… » Les lèvres d’Asato s’immobilisèrent juste après sa question. Il n’était plus assez fort pour faire quoi que ce soit à part gémir de plaisir et maintenir sa main devant sa bouche. Yamiyo prit les devants et répondit à sa question.
- C’est notre mariage Asato, bientôt, ton corps m’appartiendra, nous ne ferons plus qu’un, ton corps, mon esprit et plus personne ne pourra nous séparer.
Les mains du Bakeneko défirent la ceinture du jeune homme qui gémit encore plus fort, s’unir, qu’est-ce que cela voulait dire ? Un mariage ? Entre un humain et un Yokai ? Son esprit fût arraché à ses pensées lorsqu’il sentit les doigts délicats de Yamiyo le caresser. Il soupirât alors, mordant sa lèvre jusqu’au sang. Faire ça, avec un homme, dans les bois, ça ne lui ressemblait tellement pas, il ne pouvait même pas imaginer que c’était possible, ce n’était pas son genre. Alors il voulût prier le Bakeneko d’arrêter, cependant, il n’en fit rien, parce que son corps lui, réclamait l’autre. Ses doigts glacés, contre son corps brulant, jouait sur sa peau, la caressait.
Yamiyo sortit une flasque de son Kimono, de forme traditionnelle et l’ouvrit avant d’en faire couler le contenu sur les lèvres d’Asato, un goût fort, sucré et alcoolisé, c’était du Saké, comme lors des rituels. Le liquide courût le long de sa mâchoire jusqu’à continuer sa course dans son cou et jusqu’à son torse, se logeant dans son nombril. L’esprit chat sourit avant de laper l’alcool de riz, faisant sombrer Asato dans un plaisir insoupçonné, qui aurait pu décrire cette sensation, sentir son énergie s’en aller, s’unir à quelqu’un pouvait être si agréable. Quand il eut fini, le Yokai léchât ses lèvres et reprit ses caresses, il voulait juste ne faire plus qu’un avec Asato maintenant, lui et personne d’autre, juste lui et son promis. Non loin d’eux, la musique s’intensifiaient, comme une procession se rapprochant, nombre d’esprit de la foret voulait voir leur union se concrétiser.
- Asato, ne faisons plus qu’un, toi et moi, personne ne pourra nous contredire, il n’y aura plus que nous deux, pour l’éternité. Dis-moi que tu le veux.
Le jeune homme tentât de réfléchir à ce qu’il avait à perdre dans le monde des humains. Sa famille ? Les derniers membres qui lui restaient ne savaient que l’enfoncer, l’auberge ? Il y était contraint, c’était devenu sa prison. Non, le seul vrai lien qu’il gardait avec la vie était Hayate, seul son ami d’enfance lui importait. Seulement, maintenant, son esprit était habité seulement par Yamiyo, après tout, le cuisinier ne l’avait pas cru, il l’avait pensé fou, comme tout le monde n’est-ce pas ? Alors… Qu’est-ce qui le retenait à la vie ? Rien.
« Yamiyo, il n’y a plus que toi, je ne veux plus que toi. Ne faisons plus qu’un. » Sa phrase semblait avoir été dictée et pourtant, tout son esprit était occupé par l’esprit chat qui se mit à sourire, ses yeux devinrent effrayant. Il avait trouvé sa proie, l’avait chassée, l’avait attrapée et voulait maintenant s’en délecter, la dévorer, l’avaler, se fondre avec lui et posséder son corps. La musique s’intensifiât, le mariage allait avoir lieu et toute la forêt était invitée, un bruissement dans les arbres et tous les oiseaux s’envolèrent, ne voulant rater le spectacle.
Le Yokai attrapât le bras d’Asato violement et le repoussât contre l’arbre, il se retint de gémir et fermât les yeux, d’instinct. Il sentit une deuxième main se poser à l’intérieur de sa cuisse nue, une main glacée, lorsqu’il rouvrit les yeux, il se rendit compte que les vêtements fastueux de Yamiyo avaient disparus, son corps était nu et il se collait contre le sien, il voulût dire quelque chose, mais l’esprit chat sourit avant de rire, comme un dément. Ses dents étaient devenues beaucoup plus longues et son regard plus agressif. La main sur sa cuisse se déplaçât, l’écartant, une voix caverneuse résonnât dans sa tête « Ne faisons plus qu’un » avant que le Yokai ne le pénétrer d’un rapide coup de hanche.
« Hayate ! » Son prénom crié le sortit de sa torpeur, le jeune homme manquât de faire tomber le plat qu’il tenait dans les mains. Il n’avait pas rêvé n’est-ce pas ? Cette voix, c’était celle d’Asato ! Alors il se retournât rapidement, derrière lui, la porte était grande ouverte sur la forêt, mais dans la pénombre, il ne vit personne. Alors il soupirât et reposât la marmite sur le brasero. Le jeune homme avait encore du travail et penser à ça n’était que trop douloureux.
Il faisait tout le travail d’Asato, nettoyant les plats, les rangeant, prenant les commandes, les traitants, maintenant, c’était son corps qui était sur le point de lâcher. Des journées de quinze heures de travail avec pour seule compensation un maigre salaire, seul dans l’auberge il devait gérer ses clients et les grands parents de son meilleur ami.
Après avoir fini la plonge et avoir vérifié qu’aucun client n’avait besoin de quelque chose, il retirât le bandeau de ses cheveux et montât au premier étage avec un bol de thé. Il poussât la porte de la chambre d’Asato, la faisant coulisser sur le côté et vit le jeune homme assis, regardant par la fenêtre. Son cœur semblât s’arrêter et il eut à peine le temps de prononcer « Asa » que d’un clin d’œil il disparût.
« Encore ces putains d’hallucinations » soupirât-il, retenant la langueur en lui et mordant sa lèvre inférieure. Il se rappelât du motif de cette venue dans cet endroit autrefois si chaud et maintenant glacial, il prit un drap propre dans le placard dans lequel son meilleur ami s’était caché et le refermât, de peur de le voir à nouveau. Il quittât la chambre, se sentant toujours si triste et ouvrit la chambre des grands parents Yamada.
La vieille femme était assise, sur son futon, à côté de la fenêtre, elle passait ses journées regarder à travers, la forêt, observant chaque arbre, chaque signe, chaque frémissement. Hayate s’inclinât en entrant et déposât le thé sur un coussin à côté de la grand-mère.
- Je suis venu changer vos draps.
La vieille femme ne daignât pas détourner le regard sur son employé, toujours plongée dans ses pensées.
- Elle m’a tout pris. Tout. Dit-elle dans un souffle.
Hayate sentit son cœur se serrer, il soupirât, elle le disait souvent, espionnant sa pire ennemie.
- Elle a pris ma fille…
- Yamada-san…
- Elle a aussi volé mon petit-fils…
La vieille femme sentit son regard s’embrumer de larmes, penser à Asato était encore trop douloureux, même six mois plus tard.
Ce soir-là , Hayate, blessé était arrivé à l’auberge, essoufflé, il avait couru, il n’arrivait pas à leur expliquer ce qui se passait tellement il était paniqué. « Asato ! Asato ! Il a disparût ! » Ne cessait-il de répéter, alors les deux grands parents aidés par les clients se ruèrent dans la forêt, équipés de lanternes traditionnelles et crièrent son nom pendant des jours et des jours, les heures n’existaient plus, chaque minute, leur cœur se faisait plus douloureux jusqu’à s’arrêter, comme celui du grand-père d’Asato qui mourut de fatigue, de désespoir, non, ce n’était pas possible, pas encore. Dans l’esprit de tout le monde restait encore le drame des parents du jeune homme, mystérieusement disparus. La forêt avait-elle encore volé la vie de quelqu’un ? Non, ce n’était pas la forêt, simplement ce qui l’habitait.
Au bout d’une semaine de recherche, Hayate sombrait dans le désespoir, son meilleur ami, son frère avait disparût, l’espoir, il ne pouvait même plus s’y raccrocher, il était trop ténu et s'éteindrait quelques heures plus tard. Il avait entendu un cri d’un des amis de la famille, un cri de désespoir, il pleurait. Alors il courût dans la forêt, plus vite que jamais, laissant tomber sa torche, il arrivât bientôt à l’homme, écroulé au sol, il tenait quelque chose entre les mains. Hayate voulût voir de quoi il s’agissait mais il le tenait fermement en pleurant, il vit un tissu, il repoussât l’homme, ses nerfs étaient à vif et prit l’étoffe dans ses mains.
Son cœur semblât s’arrêter, la tristesse, le désespoir de n’avoir plus aucune chance de le retrouver vivant, entre ses doigts, il tenait le Yukata de travail d’Asato.
Il était entièrement recouvert de sang.
« Dans les ténèbres de cette ville immense Seule dort l'ombre d'un chat bleu [...] L'ombre bleue d'un bonheur que je poursuis. » — Le chat bleu de Sakutaso Hagiwara
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Dernière édition par Yusuki le 09.09.11 12:33, édité 1 fois |
|  | | mugi-chan Chips


Messages: 367 Date d'inscription: 27/04/2011 Age: 16 Localisation: Paumée quelque part dans les Pyrénées
 | Sujet: Re: Bakeneko [YAOI] 03.09.11 13:03 | |
| Ahah! Maintenant, la question existentielle est : Asato va-t-il se faire dévorer ? :3 |
|  | | cassis Chips


Messages: 107 Date d'inscription: 08/09/2011 Age: 16 Localisation: Ã Ango ... *bave**SBAF*
 | Sujet: Re: Bakeneko [YAOI] 08.09.11 22:05 | |
| Kwyah ! chat choupinou kro meugnon x3 bon un peu flippant quand même Mais il est écaille de tortue ou noir ? Ou ... c'est la même chose ? Désolé j'y connais rien --' Et l'autre monde dont il parle, de quoi s'agit-il ? Est-ce que ça aurait un rapport avec ses parents ou la lanterne ou un truc du genre ? Comme, par exemple, là où il s'est retrouvé quand il s'est 'perdu' en forêt, là où on peut supposer que ses parents on disparut ? Après, je m'y connais encore moins en folklore japonnais qu'en chats, donc c'est peut-être une grosse daube ... Bref ton histoire est géniale, et j'ai hâte de lire la suite ! |
|  | | Yusuki Beta


Messages: 491 Date d'inscription: 24/03/2011 Age: 22 Localisation: Dans ton cul ~
 | Sujet: Re: Bakeneko [YAOI] 08.09.11 22:24 | |
| Merci Cassis : D C'est toujours très sympa d'avoir un commentaire comme le tiens, spécialement quand il s'interresse au Background de l'histoire, alors je vais répondre à tes questions. Il éxiste plusieurs sortes de chats marqués écailles de tortue, le plus fréquent étant le marquage noir, et ça ressemble à ça : | Spoiler: | | |  | Je peux témoigner j'en ai un comme ça XD Une saloperie de sale truc pleins de poils XD C'est un marquage de chat très fréquent au Japon et puis que maintenant tout le monde sait qui est Yamiyo, je vais pouvoir expliquer un peu plus le mythe des Bakeneko pour que tout le monde sache bien de quoi je parle.
Les Bakeneko sont des Yokai, des esprits liés à la forêt du folklore Japonais. On en entends parler au 17è siècle, des chat de plus de 3 kilos, agés d'au minimum treize ans et ayant une longue queue pourraient se transformer en humain. On dit aussi qu'ils ont le pouvoir de rendre leurs maitres fous et complétement dépendant d'eux, qu'ils ne puissent penser à autre chose. La suite de la légende je vous l'expliquerais que plus tard, parce que ça spoilerais. Mais tout ce que je viens d'expliquer ci en haut, ce n'est pas de moi, c'est vraiment la légende. Ensuite, la rumeur prenant de l'ampleur, les chats furent interdits au Japon, en fait, de les acheter était prohibé et les rues grouillèrent de chats abandonnés (qui survivaient très bien) et il y eut de nombreux cas de disparitions suspectes et on désignât du doigt les Bakeneko (Il faut savoir que le Japon est un pays particulièrement croyant dans ces theories) et les villageois pour se protéger coupèrent les queues des chats pour les empécher de se transformer en humain. C'est ainsi que sont nés les Bobtails Japonais [url=http://www.google.com/imgres?q=bobtail+japonais&um=1&hl=fr&sa=N&tbm=isch&tbnid=v8uiq3WfW-syFM:&imgrefurl=http://www.bijbo-chats.com/races_de_chats.php%3Faction%3Dcategorie%26sid%3D236%26race_de_chat_Bobtail_Japonais&docid=kTqCgpJ0bNfsGM&w=200&h=150&ei=ITJpTvaZNcTKswayvviaAg&zoom=1&biw=1022&bih=409&iact=rc&dur=343&page=1&tbnh=105&tbnw=140&start=0&ndsp=11&ved=1t:429,r:6,s:0&tx=81&ty=58 ]Ca ressemble à ça[/url] Une race d'écailles de tortue blanc à queue coupée.
Voilà voilà , c'est pour expliquer, après, pour l'autre monde haha, oui, c'est à peu près ça, le monde des Yokai, le monde de la forêt !
J'espère avoir été assez clair, en tout cas, comme vous êtes mignons et que je vous aime, j'ai posté la fin du premier conte, Kuroigawa. Bientôt, la suite avec le deuxième conte, Shiroigawa. |
|  | | mugi-chan Chips


Messages: 367 Date d'inscription: 27/04/2011 Age: 16 Localisation: Paumée quelque part dans les Pyrénées
 | Sujet: Re: Bakeneko [YAOI] 09.09.11 20:32 | |
| Bon, Yuyu, hein, comme d'hab, le commentaire hypra-constructif, c'était génial. |
|  | | cassis Chips


Messages: 107 Date d'inscription: 08/09/2011 Age: 16 Localisation: Ã Ango ... *bave**SBAF*
 | Sujet: Re: Bakeneko [YAOI] 09.09.11 21:35 | |
| Ah je comprends mieux ! En fait j'avais l'image d'un écaille blanc dans la tête --' Bref tout est plus clair, notamment pour l'étrange ...effet que ce chat avait.. Merci ^^ |
|  | | Yusuki Beta


Messages: 491 Date d'inscription: 24/03/2011 Age: 22 Localisation: Dans ton cul ~
 | Sujet: Re: Bakeneko [YAOI] 10.09.11 13:53 | |
| Je t'en prie Cassis, heureux que ces precisions t'aient éclairés sur ces points là et j'espère que la fin de Bakeneko Kuroigawa n'a pas étée trop floue. Je suis désolé si ça n'as pas été clair ! |
|  | | Yusuki Beta


Messages: 491 Date d'inscription: 24/03/2011 Age: 22 Localisation: Dans ton cul ~
 | Sujet: Re: Bakeneko [YAOI] 12.09.11 11:34 | |
| Conte 2 ~ Shiroigawa ~ Partie 1 | Spoiler: | | |
Le printemps est une saison singulière, la nature semble renaitre, comme si durant l’hiver elle s’était endormie. Les mythes Japonais prétendent que chaque montagne est protégée par un gardien, il est souvent imaginé comme une carpe dont la tête serait recouverte d’algues ou comme une tortue à la tête maculée de mousse. Ces protecteurs entrent en hibernation aux premiers signes de froid et la forêt de la montagne les suit. Elle devient progressivement blanche, silencieuse, glacée.
Lorsque le printemps arrive à nouveau, elle se réveille, doucement, les arbres s’étirent jusqu’au ciel, sur les cerisiers fleurissent de douces fleurs roses, au sol la mousse redevient merveilleusement verte, la nature revit, les humains sont plus heureux.
« Au printemps, les humains sont heureux… » Le jeune homme passât cette phrase dans sa tête encore et encore. Assis sur les rebords d’une coursive surélevée en parquet il observait un petit jardin intérieur. En son sein tombait gracieusement de fins pétales de fleur de cerisier, doucement, lentement, au grès du vent. Il recommençait à faire chaud.
Il soupirât, son portable dans la main, le réseau passait difficilement ici, comme si cette auberge était coupée du monde. Il l’orientât à gauche, à droite, tentant de mieux capter, le mélange du traditionnel et du moderne. Finalement, il parvint à recevoir le mail qu’il attendait tant. Des nouvelles de son ami Igasa. « Ce soir nous allons en boite avec les autres, Tu nous rejoins ? » Le jeune homme sourit avant de répondre favorablement, il voulait sortir pour oublier cet anniversaire morbide, seulement, il sentit comme une pince de crabe se refermer sur le lobe de son oreille, il bondit et trouvât la grand-mère qui l’employait, le visage comme recroquevillé sur lui-même.
- Hayate ! Espèce de paresseux ! Travaille un peu, tu crois qu’une pauvre vieille femme comme moi peut tout faire ?
Les clients de l’auberge se retournèrent pour admirer le spectacle, la tenancière était aussi connue pour ses délicieux Mochis que ses fréquentes altercations avec son employé. Elle en profitât pour appuyer sa démonstration de force.
- Aish ! Regarde comme tout le monde nous observe, est-ce que tu crois que c’est une bonne image pour la maison ? Non ! Va travailler !
- Oui Yamada-san !
Hayate grommelât avant de se relever et d’enfouir son portable dans ses manches. Doucement il trainât ses getas jusqu’aux cuisines. La vieille de son côté vint chercher les assiettes d’un groupe de deux hommes qui rirent de la situation.
- Yamada-san est vraiment impitoyable avec son employé n’est-ce pas ?
- C’est pour son bien, quand je partirais il saurât tenir cette maison !
- Ne dites pas ce genre de choses ! Regardez comme vous vous êtes sorties de tous les soucis que vous avez eus l’an dernier !
La vieille femme frappât l’homme d’un coup de torchon avant de le remettre sur son épaule et de finir de débarrasser sa table.
- Parler des malheurs ne férat qu’en attirer d’autres ! Les abeilles piquent les visages qui pleurent(1) !
Les clients rirent mais soupirèrent une fois qu’elle fût partie, le premier se penchât vers le deuxième.
- Quand même, perdre sa fille, puis son petit fils et enfin son mari en si peu de temps, Yamada-san doit être maudite par les Kamis….
La fumée de cigarette s’élevât en volutes jusqu’au plafond, doucement, dansant presque. Les formes blanches, tortueuses étaient calmes, dans un silence total, un souffle seulement était audible. Les murs jaunis par la nicotine de l’appartement modeste témoignaient de l’addiction à la cigarette du propriétaire du lieu mais c’était la seule façon qu’il avait d’oublier son stress. La vision embrumée par l’alcool, un air idiot entendu quelques heures auparavant dans la tête le hantant comme une vieille rengaine, il repensât à toute cette soirée, et les autres, depuis un an, ce soir très exactement.
C’était dans une boite de nuit en ville qu’ils s’étaient retrouvés, il y avait Igasa et les autres, une petite bande d’amis d’une dizaine de personne et ils étaient partis danser.
Hayate avait beaucoup bu, à vrai dire, ces derniers temps c’était devenu habituel, et il s’était retrouvé à draguer des inconnues, certaines belles, d’autres moins, peu importait, une fois saoul il ne faisait plus attention.
En tendant doucement la main sur le Kotatsu il tirât son portable à lui pour voir combien de mails il avait réussi à avoir, à vrai dire, ça lui importait peu, il voulait juste dormir et oublier cette soirée d’anniversaire maussade.
Couché sur son lit, observant son plafond qui ne changeait pas d’heures en heures il se prit à se demander depuis combien de temps n’arrivait-il pas à dormir. Il se relevât doucement alors, passant doucement sa main sur son torse nu, essayant de trouver un sens à tout ça. Sa cigarette pendant lamentablement à ses lèvres il fit tomber la cendre dans un bol déjà plein à ras bord, éparpillant quelques paillettes sur son pourtour. Il regardât son portable, exactement deux heures du matin, alors officiellement ce n’était plus le jour de l’anniversaire ? Il sourit bêtement, ça ne changeait rien n’est-ce pas ?
Il se relevât complétement et attrapât une boisson énergisante anti-gueule de bois dans son armoire à pharmacie sommaire avant de s’asseoir à sa fenêtre, grande, comme celle de la chambre d’Asato. A peine plus élevée que le niveau du sol, plus grande que lui et perpétuellement ouverte par coulissement. Il reprit son portable et tapât frénétiquement un mail, son regard s’embrumant, déglutissant difficilement.
« Tu me manque atrocement idiot » au moment de sélectionner le destinataire du message, il allât chercher ce mail qu’il n’avait pas composé depuis exactement un an, celui d’Asato et il appuyât sur la touche d’envoi. Il bût une gorgée du breuvage incroyablement amer et soupirât dans un rire pathétique, quelle idiotie, Asato était mort, il ne pourrait pas répondre à son message.
Hayate sursautât de surprise lorsque son téléphone se mit à vibrer, ses yeux s’écarquillèrent, il riait beaucoup moins, non, ça ne pouvait être… Il l’ouvrit et vit « Asato vous as envoyé un mail. »
Son sang se glaçât, comme s’il venait de mourir à l’instant, pétrifié. Il laissât retomber négligemment sa cigarette dans la canette avant d’ouvrir le message. Et ces quelques lettres accolées manquèrent de lui faire avoir une crise cardiaque.
« Toi aussi » Hayate lâchât son portable de surprise avant de reculer dans sa chambre, il s’était mis à trembler avant que lui vienne une autre idée. Et si… Et si c’était vraiment Asato et qu’il n’était pas mort ? Après tout, son portable n’avait jamais été retrouvé, et puis, il aurait pu survivre dans la forêt, il voulait le penser. Alors il se redressât pour rattraper son keitai, seulement, en avançant, par la fenêtre un nouveau détail fit glacer son sang.
Une sueur froide le parcourût avant qu’il ne se retourne complétement vers l’extérieur, dans le mince morceau de forêt qu’il voyait à travers la fenêtre il aperçût une silhouette habillée de rouge. Même s’il était loin, il reconnût ces cheveux bruns mi long et ces yeux noirs où pétillaient autrefois la vie, ce ne pouvait être quelqu’un d’autre qu’Asato.
Sans vraiment réfléchir, il chaussât ses chaussons de toilette et se précipitât dans les escaliers à l’extérieur de son appartement, il commençât à courir, sautant les marches quatre par quatre, manquant de tomber avant de sortir dans la rue plongée dans le noir. D’ici, il ne pouvait voir la forêt alors il recommençât à courir, le long de l’allée, il sautât par-dessus la grille d’un parc à vélo, n’entendant plus que son souffle, rauque, ses poumons enflammés et irrités, il ne pouvait s’arrêter, même s’il devait à son tour en mourir.
Après quelques minutes de course, il parvint à l’entrée de la forêt, là où il avait vu ce qui semblait être Asato, mais il n’y avait plus personne, rien pour trancher avec le vert des arbres. Hayate était téméraire de nature et se précipitât dans les bois, entendant un coup de Taïko retentir, le stoppant sur le coup avant de repartir.
Ayant fait quelques pas il se retrouvât complétement enfoncé dans la forêt, entouré d’arbres, de toute part, il ne le faisait pas, mais s’il se retournait, il ne verrait pas l’entrée, ni la sortie, il était enfermé.
Hayate n’arrivait plus à courir, tous ses muscles étaient tétanisés, alors il s’accroupit et respirât difficilement, même s’il était sportif, qu’il faisait régulièrement du basketball, cette fois ci, il n’arrivait pas à assurer, pourquoi était-ce la seule fois où il avait besoin d’énergie qu’il en manquait cruellement ? « Asato !!! Asato !!! » Se mit-il à hurler, toujours accroupis, « Putain ! Asato ! Par pitié ! » Avant de prendre sa tête entre ses mains, son cœur était aussi douloureux que ses poumons et il croyait mourir à nouveau.
Il entendit le craquement de getas sur le sol, sur des brindilles, le tissu trainant au sol dans une marche saccadée, il se redressât brusquement, le regard plein d’espoir avant d’ouvrir de grands yeux choqués, ne pouvant rien dire. En face de lui, habillé de merveilleux habits rouges, un Yukata plus que luxueux, se trouvait Asato.
Il restât bouche bée, pendant quelques secondes pourtant, il n’y avait pas de doutes possible, ce visage, ces traits enfantins, cette peau légèrement hâlée et ces yeux noirs, c’était bel et bien Asato. Quelque chose gênât le jeune homme, dans ses mouvements, quelque chose était différent. Il se déplaçait avec classe, quelque chose d’hautain s’était glissé sur son visage, un sourire méprisant et presqu’inquiétant se dessinait sur ses lèvres. Il gardait ses mains cachées dans ses manches sur son torse et ses pieds étaient enveloppés dans plusieurs couches de tissus.
Au-delà de l’incohérence totale de la présence d’Asato dans la forêt après avoir été déclaré mort, Hayate ne pouvait l’expliquer mais il avait peur, un sentiment pesant s’était emparé de sa poitrine lui qui d’habitude ne craignait rien. « A…Asato ? C’est bien toi ? » Son ami d’enfance ne dit rien, se contentant de pencher la tête à droite ou à gauche avec un air pensif. Le blond ne savait que penser, sa vue s’embrumait, le retrouver, après tout ce temps était inespéré et semblait si réel, faisait-il un rêve ? Il ne se doutait pas que tapi dans les feuillages quelque chose l’observait.
« Asato ! Tu n’es pas mort alors ? Je… Je ne sais même plus quoi dire ! » S’exclamât-il en prenant son ami d’enfance dans ses bras, le serrant contre son cœur. Malgré les couches innombrables d’étoffe, il sentit un froid intense se glisser contre lui, l’homme qu’il serrait entre ses bras sentait la forêt. Alors il l’écartât, son sourire avait encore grandi. Il reculât légèrement et les lèvres d’Asato s’entrouvrirent.
-Hayate…
Son prénom, prononcé dans un souffle froid était terrifiant. Ce n’était pas exactement la même voix qu’Asato, comme si elle était mélangée à une autre mais le jeune homme ne s’en formalisât pas et fût tellement heureux de revoir son meilleur ami qu’il voulût à nouveau le prendre dans ses bras, seulement, les mains d’Asato ne passèrent pas le long de son dos mais autour de son cou avant de se refermer violement.
Hayate prononçât son prénom doucement, terrifié de la situation. Les mains glacées de l’homme qui se tenait en face de lui n’étaient aucunement celles d’Asato, elles étaient longues, presque transparentes et s’enfoncèrent dans sa peau. Instantanément le sourire sur le visage de l’homme à l’apparence de son meilleur ami grandit fendant presque son visage. D’une voix gorgée de plaisir sadique, il s’adressât à Hayate, tout en s’en rapprochant, voulant sentir son dernier souffle. « Ne me reconnais-tu donc pas ? » mais le jeune homme ne put rien répondre, posant un genou au sol et gémissant, il fermât un œil, c’était incroyablement douloureux, comme s’il pouvait tordre son cou et l’air lui manquât. Cette personne qui avait le visage de son meilleur ami… Cette personne était en train de le tuer. Un éclair blanc traversât l’espace, juste devant Hayate et il sentit les mains de l’homme se défaire de son cou, le laissant tomber à la renverse avant d’entendre un gémissement. En relevant la tête, il vit un homme complétement différent en lieu et place de celui qui ressemblait à Asato. Celui-ci était grand, incroyablement beau, avait de long cheveux noirs retenus à l’arrière par une broche noble, ses yeux étaient jaune d’or, ses pupilles dilatées étaient effrayantes. Pourtant… Pourtant il portait la même tenue qu’Asato quelques instants auparavant. Il commençât à être réellement inquiété lorsqu’il vit une plaie comme une griffure sur le visage de l’homme, elle était profonde, causée par un monstre pensât-il seulement… Elle ne saignait pas. Ses deux yeux fins s’ouvrirent de terreur et il reculât, dans la mousse, mais le monstre détournât rapidement son attention sur quelque chose d’autre. Au sol, une petite masse blanche, dressée sur quatre pattes avec une longue queue fine lui tenait tête. C’était… Un chat ? Un chat contre ce monstre ? Hayate se redressât rapidement sur ses genoux, prêt à s’enfuir.
L’animal soufflât de toutes ses forces, hérissant ses poils comme si ça pouvait effrayer l’autre, seulement le monstre ne l’entendit pas de cette oreille et armât son bras pour attraper le chat. Le sang d’Hayate ne fit qu’un tour, il se propulsât sur ses jambes et attrapât le petit animal blanc, passant à quelques centimètres de son agresseur avant de rouler au sol et de se rétablir sur ses genoux, la créature entre les bras.
« Oh… Putain ! » S’écrit-il lorsque le monstre se retournât furieusement vers lui, il venait de lui ôter sa proie des mains, mais ç’avait été plus fort que lui, sans vraiment se l’expliquer ce chat lui avait sauvé la vie, il lui devait bien ça, alors, toujours le blottissant dans ses bras il se mit à courir sans vraiment savoir où aller, au hasard dans la forêt.
Hayate n’osait pas se retourner de peur de perdre du temps et de se rendre compte que la créature était juste derrière lui, non, il devait se concentrer et continuer à courir tout droit, il finirait bien par sortir de la forêt ! Alors il y mit toutes ses dernières forces, dans ses bras, le chat se mit à ronronner. « C’est pas le moment de trouver ça agréable idiot ! » Hurlât-il essoufflé avant d’accélérer encore la cadence, entendant les feuilles bruisser derrière lui, il se rapprochait, la créature était à ses talons et quoi qu’elle veuille, soit l’animal, soit lui, les deux pâtiraient de leur courage.
Ses poumons se faisaient de plus en plus douloureux, il pensait qu’ils allaient exploser, comme si c’était inhumain. A ses pieds, il évitait de justesse les racines, sautant parfois de hautes collines avant de rouler au sol avant de repartir encore plus vite. Il avait mal aux bras, aux jambes, sur son visage coulait un mince filet de sang seulement il ne pouvait pas s’arrêter et au bout de longues, trop longues minutes il vit une lumière s’infiltrer entre les arbres. Alors il courût plus vite encore, hurlant des insultes à la vie, ses joues couvertes de terre, il était à bout, entièrement vidé, finalement, il prit appui sur une barrière basse d’un pied avant de se jeter dans la lumière et d’atterrir sur le dos en plein milieu d’une route éclairée d’un lampadaire.
Il roulât sur lui-même, protégeant le chat en l’enfouissant contre son torse avant de perdre son élan et de s’étendre, les bras en croix sur le béton.
La lumière du lampadaire brouillait sa vue et l’aveuglait, son torse se gonflant rapidement, au rythme de sa respiration, il croyait mourir de fatigue ce soir-là . Hayate posât son bras sur ses yeux avant de commencer à rire comme un dément. Que s’était-il passé cette nuit ? Est-ce que tout ça avait été vrai ? Et ce message ? Asato ? Un Yurei(2) ? Cette personne était vraiment effrayante et pourtant, il avait réussi à se défaire de son emprise, tout ça grâce… Au chat ! Il se redressât comme un ressort avant d’apercevoir le petit animal couché sur les flancs lamentablement au milieu de la route.
Il se pressât, inquiet avant d’arriver accroupi sur le corps du chat. Sur sa patte antérieure, un filet de sang coagulait dans sa magnifique robe blanche. Il remarquât qu’il n’était pas immaculé, il avait des taches brunes, d’autres noires, c’était un Bobtail Japonais à l’exception de sa queue, longue et fine. Il remarquât alors que son œil gauche était complétement ensanglanté et qu’il le maintenait fermé. Hayate passât sa main sur la cage thoracique du chat mais il respirait encore, alors il soupirât, de soulagement. « Aaaah, tu m’as fait peur, tellement peur. » Dit-il en posant son front contre la fourrure douce de l’animal, accroupi au-dessus de lui.
Hayate n’avait jamais particulièrement aimé les animaux, ce n’était pas vraiment sa passion, comme autre chose, mais là ce chat l’avait sauvé, il se sentait redevable. Il soupirât longuement. « T’es vraiment nul comme chat, ronronner pendant que je m’enfuis ! Et puis va falloir te prodiguer des soins j’imagine, tu ne guéris pas tout seul ! » Le jeune homme se redressât avant de le caresser, n’osant encore le soulever, ainsi il sourit, avant de sceller son destin avec le sien, sans en avoir conscience.
« Je t’appellerais Masshiro(3), puisque tu m’as l’air aussi pur que ton pelage. »
(1) Proverbe Japonais. (2) Yurei : Tout comme les Yokais sont des esprits de la nature, les Yurei sont des esprits humains, ils correspondent à nos fantômes et veulent souvent du mal aux vivants. (3) Masshiro : « Tout blanc » en Japonais
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Partie 2
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Une musique pop métallique envahit la pièce, comme une agression. Dehors il faisait presque jour, la rosée s’était à peine posée sur les feuillages. Même si nous étions en mai, il la température était encore froid le matin.
Un grognement presque animal entrecoupât la musique, dans son lit, Hayate se remettait difficilement de sa nuit. Il tâtât le sol de sa main, couché sur le ventre, cherchant son portable pour arrêter la sonnerie, mais elle se stoppât avant qu’il ne puisse le trouver. Pas grave, elle reprendra dans cinq minutes se dit-il avant de frotter son crâne.
Etait-ce la gueule de bois ou bien sa soirée de la veille qui lui donnait tant de mal ? Le jeune homme se redressât difficilement, grognant encore, il avait une de ces migraines et son visage portait encore les marques de l’oreiller. Il déposât une cigarette sur ses lèvres avant de l’allumer et d’essayer de retracer les événements de la veille.
Ce n’était qu’un sombre brouillard qu’il essayait d’éclaircir. Alors… Il était allé dans la forêt, pourquoi ? Il se rappelât soudain et son cœur se serrât, c’était Asato qui l’y avait attiré ! Alors, était-il vraiment encore vivant ? Il sentit des mains froides entourer son cou, alors, ça aussi, ça s’était passé ? Asato avait essayé de le tuer ? Et cet homme étrange qui ne saignait pas ?
Il se retournât précipitamment, se rappelant d’un autre détail de l’histoire et se mit à appeler ce qu’il pensait être son nouveau compagnon. « Masshiro ! Masshiro ?! » Il laissât passer un temps, peu convaincu avant de retenter sa chance « Le chat ? » Mais toujours rien. Alors il fit tomber un peu de cendre dans le bol, peut être tout ça n’avait été qu’un rêve ?
Hayate attrapât son portable, le message d’Asato devait encore y figurer, seulement, en ouvrant sa boite mail, il s’aperçut qu’elle était entièrement vide. « Merde… Alors… » Alors ce n’était qu’un rêve. Il se laissât retomber dans son lit, déçu, Asato… Il avait cru l’espace d’un instant qu’il était vivant mais bien sûr que c’était faux, on avait retrouvé ses vêtements ensanglantés…
« Désolé du retard » Le jeune homme passât sa tête par l’encadrure de la porte et ne vit pas Yamada-san, comme si elle n’était pas arrivée alors qu’il était déjà huit heures du matin, il fit quelques pas dans l’auberge, le sol était sale, quelque chose ne tournait pas rond.
Au fond de la maisonnée, Hayate entendit des voix, d’hommes et celle de Yamada-san, un peu étouffée, alors il accélérât son pas, traversant les couloirs faisant honneur à son prénom(1), un long enchevêtrement de portes, celles des chambres des clients jusqu’à la dernière, l’entrepôt d’où émergeaient les voix, il l’ouvrit brusquement, faisant sursauter toutes les personnes à l’intérieur.
Il y avait deux hommes habillés en uniformes de policier, l’un grand et presque chauve et le deuxième plus petit et brun, en les voyant, Hayate se ravisât, déglutit et fit une révérence polie.
- Takada, des mœurs et je suis Ochida. Dit le plus grand avant de poursuivre, reposant son bloc note sur la table. Et vous êtes ?
Au fond de la pièce, Yamada-san se décalât un peu, les larmes aux yeux avant de le présenter, d’une voix tremblante.
- C’est Hayate, mon employé, il était le meilleur ami d’Asato.
Le policier fixât le jeune homme comme s’il était suspect avant de se retourner vers la vieille femme et avant qu’il ne puisse lui poser une nouvelle question, Hayate l’interrompit, peu formellement.
- Excusez-moi mais… Que se passe-t-il ? Vous avez des nouvelles sur la disparition d’Asato-kun ?
Le plus petit prit la relève et attrapât un sachet sur la table avant de lui montrer. Aussitôt, le sang d’Hayate semblât se glacer et ses mains tremblèrent.
- Vous reconnaissez cet objet ?
Yamada-san redoublât de pleurs, bien sûr qu’il le reconnaissait, seulement, pour le jeune homme ça avait une autre signification, un bien plus inquiétant.
- Je… Oui… C’est le portable d’Asato…
- Des randonneurs l’ont retrouvé pendu à un arbre ce matin de bonne heure. Vous avez une explication à ça ?
Le reste de la journée, ne ressemblât qu’à un gigantesque brouillard, Hayate ne pouvait s’empêcher de penser à ça, à chaque heure, chaque seconde de son travail il remuait les faits. La veille il avait reçu un message d’Asato et le lendemain, son portable était retrouvé en évidence, quelqu’un avait dû le poser là . Etait-ce une blague ou bien… Son rêve… Qu’est-ce que c’était au juste ? Avais-ce été réel ? Non, sinon il y aurait toujours une trace du message dans son keitai et il avait le souvenir d’avoir ramené Masshiro chez lui pourtant, au petit matin il n’était plus là . Ca n’avait juste pas de sens, sauf si quelqu’un essayait de le rendre fou. Il se rappelât de la dernière soirée au cours de laquelle il vit Asato, lui aussi avait sombré dans un état second. Il voyait des lettres qui n’existaient pas, cherchait quelqu’un, semblait obsédé par une chanson. Ca n’avait aucun sens. Et si… Et si Asato s’était juste tué dans la forêt ? En fin de journée Hayate n’avait même plus de courage de simplement penser.
Seulement, malgré tout, la vie doit continuer n’est-ce pas ? N’importe quel soit le drame qui survient dans une vie, si les hommes se stoppent ils ne pourront plus avancer et seront frappés d’autres drames encore. Hayate s’était souvenu d’un proverbe « Les abeilles piquent les visages qui pleurent » et peu importe à quel point il y pensait, ça ne lui ramènerait pas Asato alors il refermât cette page, la considérant comme une simple coïncidence.
Doucement, se laissant emporter dans le sommeil, il avait l’impression d’atteindre le bonheur. Sans se l’expliquer, cette nuit était vraiment agréable. Les yeux clos, dans son lit, il dormait depuis déjà quelques heures mais somnolait légèrement à présent, Hayate avait toujours eut un sommeil un peu léger. Il sentait l’air frais, pur, s’infiltrer dans son appartement depuis la fenêtre, le bruit de la rue et un chien aboyer au loin. Bercé par la douce mélodie de la vie, il se sentait incroyablement apaisé, sur ses lèvres se dessinât un petit sourire. Dans sa nuque courait une brise agréable, s’infiltrant sous sa couverture épaisse. Une odeur trainait dans l’air, une odeur de forêt, de fleurs, mêlée à celle du tabac et des tatamis un peu trop usagés. Ce n’était pas désagréable, au contraire, en enfouissant son visage un peu plus dans son oreiller il put sentir un parfum étrange, envoutant, c’était tellement doux. S’il avait pu graver ce moment en lui, il l’aurait fait, il était merveilleux alors il entreprit de se rendormir.
Au moment de prendre une longue inspiration, il sentit quelque chose de glacé tout contre son torse, quelque chose qui respirait, un peu en décalé de lui, leurs peau se touchaient furtivement. Intrigué, il ouvrit doucement un œil, encore endormi. Blotti, dans ses bras, il aperçut le corps menu d’une femme. Ca ne l’intriguât pas plus que ça, bien trop ancré dans le sommeil pour réagir. Elle était blottie entre ses bras, collée contre son torse nu, d’ailleurs, elle aussi semblait ne porter aucun vêtement. Son buste fin pâle se prolongeait sous la couette sans pouvoir dire si elle portait quelque chose. Hayate se hissât légèrement, essayant de ne pas trop bouger pour ne pas la réveiller. Il vit une partie de son visage, pas grand-chose, un petit nez rond incroyablement mignon et des lèvres roses fines, sur ses yeux fermés s’étendaient deux rangées de cils longs et fins, tellement délicats. Elle remuât légèrement, signifiant à Hayate qu’elle l’avait senti bouger alors il se laissât retomber et elle se collât une nouvelle fois à son torse. Il fit attention à ses cheveux blonds merveilleux, mi longs, cachant une partie de son visage, ils semblaient si doux qu’il remontât son bras gauche sur son épaule pour les caresser. Elle avait l’air tellement fascinante, douce, calme et pourtant si belle et captivante. Même s’il ne savait rien de sa conversation, il voulait la revoir, dès qu’ils se réveilleraient le matin, il lui proposerait de sortir avec lui, laisser partir une femme si belle serait un sacrilège. Remarquant que son corps couleur lin semblait congelé, il tirât la couverture épaisse sur ses épaules, pour la réchauffer avant de refermer les yeux, le sourire aux lèvres. Même s’il ne se souvenait pas de la soirée qu’il vienne de passer, il espérait pouvoir renouveler l’expérience avec elle et la découvrir. Doucement le sommeil le gagnât à nouveau.
« Vous avez un nouveau message ! Vous avez un nouveau message ! »
Hayate grommelât, c’était toujours désagréable de se faire réveiller ainsi, surtout pour un jour de repos. Il roulât sur son ventre avant de frotter ses cheveux blonds. Il aurait bien aimé quelques heures de sommeil en plus. Il tâtât les tatamis pour attraper son portable et ouvrir son message, il était d’Igasa. « J’ai un truc à toi, je peux passer ? Mets des bières au frais ». Hayate lui répondit positivement avant de se redresser.
La pièce était éclairée par le soleil qui doucement perçait à travers le papier de la fenêtre coulissante, il commençait à faire chaud, alors sortant difficilement de son futon, il contournât le Kotatsu collé au mur et ouvrit la fenêtre.
Dehors il faisait bon, une fine mélodie, doux mélange de piaillement d’oiseaux et de discussions s’infiltrait alors dans l’appartement du jeune homme. Un jour de congés, combien de temps cela faisait-il qu’il n’en avait pas eu ? Une éternité. Aujourd’hui l’auberge était fermée, tout le monde se reposait.
En se retournant pour ranger un tant soit peu sa chambre, il s’aperçut d’un détail qui n’avait pas attiré son attention jusqu’alors. Il sursautât en remarquant que la jeune femme qu’il tenait dans les bras cette nuit n’était plus là . Tout d’elle avait disparu, son odeur, sa présence. Il fouillât son appartement à la recherche d’un mot qu’elle aurait pu laisser, quelque chose, un mail, un numéro où la joindre, il ne pouvait pas se résoudre à la laisser partir ainsi. Seulement, une sonnerie stridente l’interrompit. « Merde ! » Lâchât-il avant de se ruer sur la porte d’entrée et de l’ouvrir.
- Hey Ha-kun, je peux entrer ?
- Ouais ouais.
Igasa contournât le jeune homme et pénétrât dans l’appartement en désordre. Il n’était pas très grand, décoloré, tout comme Hayate, un style très à la mode qui plaisait à beaucoup de femmes et un piercing à l’oreille. Son visage était doux et impétueux, il avait avec lui ce contraste saisissant. Avec sa botte surement plus chère que toutes les chaussures d’Hayate il soulevât un tee shirt du sol avant de le redéposer sur le côté et s’assit sur le futon, à l’autre bout du Kotatsu. Son ami lui apportât une bière fraiche.
- Tu n’en bois pas toi ?
- Non, pas après la soirée d’hier, j’en ai encore la gueule de bois.
Igasa rit et se souvint qu’effectivement son ami avait beaucoup bu, c’était devenu habituel depuis temps, mais il arrivait toujours à rentrer chez lui en un seul morceau, et la majeure partie du temps avec une jeune femme à son bras. Il ouvrit la canette et en bu une gorgée. Vu la chaleur de l’appartement, c’était un plaisir inestimable.
- T’as une clope ?
« Ah oui, attends, j’en prendrais bien une » répondit Hayate en se penchant à l’autre bout du Kotatsu, il attrapât l’étui et l’ouvrit, en essayant de sortir une cigarette, il n’arrivât qu’à extraire le filtre. Les deux amis se regardèrent, c’était étrange, alors, il en tirât une deuxième et cette fois encore, elle était cassée. Hayate n’y comprenait rien, pourtant il n’avait pas touché à ses cigarettes, alors il retournât le paquet sur la table, et à leur plus grande surprise, elles étaient toutes cassées, éventrées.
- C’est quoi ça ?
- Je ne sais pas !
- Tu as mis tes clopes dans une centrifugeuse ? Le cuiseur à riz ? La machine à laver ?
- Pas du tout ! Sinon ce serait mouillé ou… Cuit ?
- Alors on dirait que quelqu’un a décidé que tu devrais arrêter de fumer !
C’était absurde comme idée, qui irait casser toutes ses cigarettes une à une ? Seulement un malade mental pourrait faire ça. Seulement, Hayate était perturbé, ce n’était pas la première chose étrange qui se passait avec lui, ce rêve bizarre, le portable d’Asato, ce message, il semblait attirer les phénomènes extraordinaires en ce moment. Il rit doucement, bien sûr que ça n’avait pas de rapport, quel Yurei se glisserait dans son appartement pour casser ses cigarettes ? C’était idiot.
- Qu’est-ce que tu voulais me rendre ? Questionnât-il finalement son ami.
- Ah oui, hier, en boite t’as oublié ton permis, heureusement que t’as pris un taxi.
Hayate soufflât de soulagement avant de s’incliner sur la table et de remercier Igasa contrarié de ne pouvoir fumer. Il ne se rappelait finalement que très peu de la soirée d’hier. Beaucoup d’alcool, de la musique et puis… Cette femme …
- Dis Igasa-kun, tu connaissais la fille avec qui je suis rentré hier soir ?
- Une femme ?
- Oui, elle était, hum. Il prit le temps de réfléchir, de se souvenir de cette nuit superbe. Petite, blonde, très belle.
Igasa sourit et dévisageât son ami avant de boire une gorgée de bière.
- Tu as des hallucinations mon pauvre Hayate, hier on t’a reconduit au taxi mais tu étais seul et pas vraiment en état pour chopper.
(1) Hayate signifie vent, rafale.
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Partie 3
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« Tu sais ce que je pense Hayate ? » Asato avait lancé cette phrase alors qu’ils faisaient leur travail, tous les deux à l’auberge, comme tous les jours. Seulement, là , il fallait qu’il en parle, ça le démangeait trop alors son ami avait levé le nez de ses anguilles et l’écoutât attentivement. « Je pense qu’on devrait amener un poste pour écouter de la musique dans les cuisines. » Il avait dit ça en s’asseyant sur la coursive qui donnait dehors, chaussant ses getas pour aller laver les marmites. Hayate avait toujours un peu de mal à suivre les raisonnements de son ami. « Pourquoi ça ? Ton grand père deviendrait fou si on faisait ça ! » Avait-il lâché en riant et en retournant à ses anguilles. Il clouât l’œil de la pauvre bête, depuis le temps il était insensibilisé à leur souffrance, toujours vivante il l’ouvrit en deux, dans le sens de la longueur, elle frétillait encore mais c’était la seule façon de la garder savoureuse. Asato était bien loin de toutes ces considérations purement physiques, son esprit était déjà ailleurs. « Il y a une chanson qui me rends perpétuellement heureux, je ne sais pas comment la décrire, il suffit que je l’écoute pour que je me mette à sourire et à avoir envie de travailler. » Il était revenu dans la cuisine et déposât d’autres marmites sur le plan de travail en pierre. Il jetât un coup d’œil au travail de son ami, Hayate était vraiment le meilleur de la maison pour tout ce qui était poisson d’ailleurs, c’était toujours lui qui allait les chercher au port à cinq heures du matin. Dégouté par la vision de la pauvre anguille encore vivante et découpée en deux il détournât le regard, rappelant à Hayate sa présence. « Vraiment ? Cette recette du bonheur serait trop simple. De quelle chanson s’agit-il ? » Asato reculât de quelques mètres avant de sourire en frottant ses cheveux.
« Tu trouveras surement ça bête, je l’ai découverte en regardant une série sur mon ordinateur, elle s’appelle Polly »
Une inscription sur la chaine hifi tournât en boucle. « Polly – The Melody » écrit en grosses lettres géométriques bleues clair sur fond noir. Elles se déplaçaient de droite à gauche pendant que la chanson se jouait, en mode Repeat depuis maintenant plusieurs heures. Même si cela faisait plus d’un an qu’Asato n’était plus là pour l’écouter, elle continuait de rendre Hayate heureux.
« Putain ! C’est quoi cette merde ?! » Le jeune homme tournât et retournât la molette mais rien ne se passait. Il avait beau agiter son briquet frénétiquement au-dessus du morceau de tissu, il ne s’enflammait pas. Il observât la lampe à huile posée sur son Kotatsu, tournant la tête à gauche, puis à droite, seulement, ça ne changeait rien à sa compréhension du problème. « Pourquoi tu ne veux pas t’allumer saloperie ?! » finit-il par questionner l’objet qui, bien sûr, ne répondit pas. De rage il se laissât retomber sur son futon déplié.
Alors quoi ? Tout le monde se liguait contre lui ? Il voulait simplement lire et cette fichue lampe s’était décidée à ne pas s’allumer. Il se redressât rapidement avant de se résoudre à démonter l’engin. Il était composé de ce qu’il identifiât comme « Une grosse ficelle creuse » sensée s’allumer et d’un réservoir d’huile à brûler. Le tissu s’imprégnait du combustible qui ralentissait sa combustion, seulement, le feu ne voulait même pas démarrer. Il tournât le dessus du réservoir pour l’ouvrir et fit une étrange découverte, il était vide.
Comment était-ce possible ? Il venait tout juste d’acheter de l’huile, en allant à la criée le matin même, une superbe huile de poisson. C’était complétement fou. Il se relevât pour aller chercher le récipient dans lequel il avait stocké le surplus, sous l’évier de sa cuisine et remarquât que lui aussi était plus vide que jamais.
« Encore un phénomène étrange ! J’ai l’impression que quelqu’un essaie de me rendre fou en faisant des choses complétement incohérentes ! » D’abord ses cigarettes, ensuite cette femme et maintenant l’huile ? Qu’est-ce que c’était ? Devenait-il comme Asato ? Complétement fou ? Voyant des choses qui n’existaient pas ? Non, ce n’était pas possible, Hayate avait toujours été très cartésien et pragmatique. Les esprits, les farces, tout ça n’existait pas. Peut-être n’avait-il pas acheté l’huile en fin de compte. Il retournât se coucher dans son futon, éteignant cette musique qui enchantait tant Asato. Avant, elle réussissait à rendre Hayate heureux, puisqu’il était avec son meilleur ami, seulement, ces derniers temps, rien n’arrivait à l’émouvoir de façon positive. Lorsqu’elle s’arrêtât, il se sentit à nouveau infiniment seul avant de tirer la couette à lui et de chercher à s’endormir.
Encore cette odeur, douce, les fleurs, un parfum envoutant qui l’avait rendu fou. Hayate somnolait, comme à peu près toutes les nuits. Il sourit alors, dans cet état, la vie était vraiment agréable. Affranchis de ses impératifs, de cette pression sociale, de ce deuil inachevé il était apaisé comme jamais. Dehors, il commençait à faire frais, c’était agréable, ce mois de mai était chaud, beaucoup trop chaud à son gout. Une petite brise courût dans ses cheveux, sous sa tête, sa main les agitât doucement avant de retrouver sa position exacte. Dehors, des chats se battaient, renversant une poubelle, c’était tellement agréable, un fond sonore délicat.
Il comprenait exactement ce que disait Asato en parlant de cette chanson, ces moments où l’on voudrait sourire juste parce qu’ils existent, ceux qui sont parfait simplement parce qu’on les vit. Simplement… La chanson revint en mémoire à Hayate, le berçant doucement. Le toucher du drap sur ses épaules nues, dans son dos, et cette douce présence contre son torse… Il s’arrêtât de penser quelques secondes… Il sentait à nouveau entre ses bras cette femme.
Il ouvrit alors doucement les yeux, de peur de la réveiller, elle était bien là , blottie contre lui, ses cheveux blonds en bataille, lui donnant un air candide irrésistible. Hayate sourit alors. Elle était magnifique, plus belle encore que dans ses souvenirs. Son visage semblait rond, doux, presque enfantin, quelqu’un à protéger… Lui qui n’avait su empêcher le pire un an auparavant. Il serrât la jeune femme dans ses bras. Décalant doucement la main sur laquelle il reposait sa tête, il se remit à caresser ses cheveux, doucement. Ils étaient doux, fins, sentaient bon. Elle frémit, de froid ? Du contact avec Hayate ? De sommeil ? Il n’aurait pas pu le dire, tout ce qu’il savait, c’était qu’il était complétement captivé et qu’il ne comptait pas la laisser s’enfuir cette fois encore.
Le jeune homme se hissât légèrement au-dessus d’elle et, comme prise de panique elle retournât son torse, contre le futon, par pudeur sûrement. Même si Hayate ne pouvait le voir, ses deux grands yeux s’étaient ouverts, seulement, quelque chose n’était pas normal avec ce regard, quelque chose qui le rendait aussi effrayant que captivant.
« Dis-moi, chuchotât-il, Comment t’appelles tu ? » La jeune femme ne répondit pas, serrant ses poings sous le drap, elle ne voulait pas qu’Hayate se réveille, il n’était pas sensé le faire, il devait encore dormir de longues heures, alors doucement elle se collât contre lui. Leurs deux peaux entrant en contact, l’une chaude, l’autre glacée. Le jeune homme comprit qu’elle avait froid et remontât le drap sur son épaule avant de doucement y déposer un baiser. Il remarquât qu’il se sentait fatigué, sûrement avait-il été tiré du sommeil trop rapidement, ses yeux se fermaient à moitié mais il persévérât, se réveillant.
Pourquoi ne répondait-elle pas ? Qu’avait-elle à cacher ? Il retentât de lui parler. « Cette nuit-là , tu es bien restée chez moi n’est-ce pas ? Pourquoi t’es-tu enfuie avant que je ne puisse me réveiller ? Je n’avais pas même ton mail. » Seulement, cette fois aussi elle se murât dans le silence complet, s’enfouissant encore un peu sous le drap. Hayate commençât à se poser une question. La dernière fois qu’elle s’était réveillée dans ses bras, il était allé en boite et semblait l’avoir rencontré en rentant, pour l’instant, ça allait, seulement, en se remémorant la soirée de la veille il remarquât qu’il n’était pas sorti. Il avait eu un problème avec la lampe et n’avait pu lire. Qu’est-ce que ça voulait dire ? Où s’étaient-ils vus ce soir-là ? Elle était peut être revenue le voir, seulement il s’en serait rappelé.
Qui était cette femme ? Il attrapât son épaule, pour la tirer à lui, doucement d’abord, mais elle restait cramponnée au futon, comme une moule à son rocher, ses petits doigts fins ancrés dans le matelas. C’était de plus en plus étrange. « Dis-moi qui tu es. » Hayate était de plus en plus suspicieux et commençât à tirer avec plus de force son épaule jusqu’à lui. Voyant qu’elle était plus que tenace, il se redressât avant de la décrocher du futon, de la coucher sur le dos, parfaitement à plat et de la chevaucher.
Elle poussât un petit cri aigu de surprise et de panique, cachant ses mains sous le drap, seulement, ce n’est pas ce qui intriguât le plus Hayate. Retenant ses instincts d’homme pour essayer de faire un tant soit peu gentleman après cette démonstration de force, il ne pût s’empêcher de laisser ses yeux dériver lentement sur sa poitrine, nue. Une poitrine étrangement plate… Lorsqu’il comprit il hurlât à plein poumon avant de sauter hors du lit et de se coller au mur derrière lui, comme s’il pouvait s’y enfoncer.
Cette personne dans son lit n’était pas une femme, bien au contraire, c’était un homme. Même s’il avait déjà dormi avec Asato, Hayate avait embrassé son épaule et l’avait trouvé merveilleusement beau, s’il avait pu laver sa langue, il l’aurait fait. C’était horrible.
« Q-q-q-qu’est-ce que tu fais chez moi ?! » Hurlât-il, paniqué, un homme venait se blottir entre ses bras pendant qu’il dormait, quel être serait aussi étrange ? L’intrus semblait tout aussi paniqué, il remontât le drap sur sa poitrine, jusqu’à son menton, évidemment, il était nu, seulement, il avait également autre chose à cacher. Il crispât ses mains, les regardant sous le tissu.
Il ressemblait plus à un petit garçon perdu ou pris sur le fait qu’à un pervers étrange, Hayate se ravisât doucement, il n’était pas prêt à l’accepter, seulement, son cœur se calmât légèrement. Le jeune homme relevât doucement les yeux sur lui, et il remarquât quelque chose d’intriguant, ils étaient vairons.
Un œil bleu extrêmement clair et l’autre jaune d’or, une nuance à peine perceptible que les rayons de lune éclairaient à outrance, la faisant ressortir. Au-dessus du plus clair, son front était marqué par une petite cicatrice pour la remarquer, il aurait fallût chausser des lunettes en temps normal. Malgré tout ça, il restait incroyablement beau, comme une femme. Ses membres étaient fins et délicats, à en juger par le tomber du drap sur son corps, il était incroyablement menu, son torse semblait tellement mince. Sur son cou filiforme venaient se reposer ses cheveux blonds coupés en dégradé. Quelque chose d’étrange émanait de lui. « Q… Qui es-tu ? » Demandât finalement Hayate, avant que le jeune homme ne sursaute, semblant choqué qu’il ne le reconnaisse pas.
« Qui je suis ? Mais… Alors Hayate-san m’as déjà oublié… Mon nom est Masshiro, c’est vous qui me l’avez donné ! »
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Partie 4
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-M… Masshiro ?
En face de lui le jeune homme étrange pinçât ses lèvres et hochât la tête avec un air déterminé, pourtant, Il n’y avait qu’un seule Masshiro qu’Hayate était susceptible de se connaitre mais c’était impossible…. C’était le nom qu’il avait donné au chat qui l’avait sauvé. Ce type était décidément de plus en plus étrange, il ne se contentait pas de se glisser dans son lit et de repartir lorsque le jour commençait à percer, il savait en plus des choses troublantes sur Hayate et se faisait passer pour un chat. Non, décidément, ce dont il avait besoin n’était rien d’autre qu’un hôpital psychiatrique.
- Hayate-san à l’air de me prendre pour un fou. Ce n’est pas le cas ?
- Pas du tout ! Haha ! Non, rien à voir !
Hayate commençât à paniquer, un fou, oui, dans son appartement, comment était-il entré ? Et si c’était ce genre de personnes que l’on voit à la TV qui s’éprennent de quelqu’un et qui font des choses insensées par la suite, vol d’objet, intrusion dans le domicile et ce n’était pas tout, ils allaient même jusqu’à tuer l’objet de leur obsession. Un frisson traversât la colonne vertébrale du jeune homme en pensant au pire. En face de lui, l’intrus semblait aussi embêté que lui.
- J’aurais dû vous prévenir que je n’étais pas un chat normal. Je suis désolé.
Hayate le fixât, doucement, sans vraiment comprendre les mots qui sortaient de sa bouche. Il avait l’air tellement innocent malgré tout ce qu’il avait fait. Mais… Ce qu’il disait n’avait aucun sens !
- Mais tu n’es pas un chat ! Tu es un humain, tu es au courant de ça ?
- Non, je suis un chat !
- C’est idiot !
- Je suis un Yokai, un esprit de la forêt, un Bakeneko, je ne sais pas comment les humains nous appellent, à vrai dire, c’est la première fois que je parle avec l’un d’entre vous.
Bakeneko… Ce nom dit quelque chose à Hayate, vaguement, quelque chose que la grand-mère d’Asato aurait dit, mais ça n’avait rien à voir. Selon elle, il fallait tenir écarté les chats d’un corps décédé, les yokai se cachant parmi eux auraient le pouvoir de le ramener à la vie et de le manipuler, seulement, la personne qui était en face de lui n’avait rien à voir avec cette croyance. Il n’était visiblement pas un chat.
- Je ne veux pas te contrarier hein… Machin
- Masshiro, c’est vous qui m’avez donné ce nom ! s’enquit le jeune homme se redressant légèrement.
- Oui, c’est ça… On va dire Masshiro, mais tu n’as rien d’un Bakeneko.
L’intrus se laissât retomber sur ses jambes avant de faire une moue inquiète, il pouvait le prouver seulement, comment réagirait Hayate ? Il aurait peur, bien sûr, il était un monstre et lui un humain normal, seulement, c’était la seule façon qu’il avait de le croire.
- N’ayez pas peur s’il vous plait.
« Peur ? Qui aurait peur de toi ? » Rit Hayate avant d’être coupé par un geste brusque de Masshiro, sortant son bras de sa cachette il le présentât à la vue du jeune homme qui ouvrit de grands yeux, le souffle coupé.
Eclairé par la lune, la main délicate de Masshiro semblait ne pas exister. De longs doigts fins, n’étaient visibles que par leur démarcation. D’abord parfaitement opaque au départ de son épaule ronde et nue, sa peau se transformait petit à petit, de plus en plus transparente jusqu’à ce que les bouts de ses doigts ne soient presqu’invisibles. Le Yokai était honteux, son corps de monstre, ainsi exposé à un humain, à son jugement, c’était une torture.
Masshiro n’avait pas de nom, tapis dans la forêt depuis si longtemps il observait les humains, leur vie changer, les premiers ne connaissaient pas l’électricité, les derniers tapotaient frénétiquement sur de petits boitiers en plastique dont il ignorait l’utilité. Il avait toujours eu peur d’en choisir un, parce c’était horrible, cette destinée, il préférait absorber l’énergie de petits animaux, après tout, il n’avait pas besoin de se changer en l’un d’eux souvent. Il en avait peur tout autant qu’il les admirait, et les chuchotements de la forêt ne faisaient qu’attiser cette crainte. Mais ce soir-là , il n’avait pu laisser faire ça.
Alerté par les cris d’Hayate, il s’était rapproché de lui, tapi dans les feuillages il ne pouvait être vu. Ainsi, un humain isolé n’était pas si effrayant, que pouvait-il chercher avec tant d’énergie ? Alors il l’observât encore un peu avant de sentir son cœur battre plus fort, non loin, un autre Bakeneko en avait après lui. Lorsqu’il l’aperçût, il comprit que l’apparence qu’il revêtait n’était que celle de l’humain qu’il avait dévoré, alors pourquoi s’en prenait-il aussi à celui-là ? Le rival attrapât Hayate à la gorge et l’étranglât. Apeuré mais poussé par son instinct Masshiro avait sauté au visage de son agresseur et l’avait regretté quelques secondes plus tard. Puisqu’il s’était uni à un humain, l’autre Bakeneko était bien plus fort et plus puissant que lui et il crût sa dernière heure venue avant de sentir les deux bras chauds d’Hayate l’enserrer et le blottir contre son torse avant de le sauver en s’enfuyant.
Alors les humains ne sont pas tous effrayants ? La forêt disait faux, ils peuvent aussi mettre leurs vies en danger pour sauver un simple chat ? Etait-ce vraiment possible ? Seulement, même s’il avait consentit à l’aider dans la forêt, Hayate ne l’accepterait surement pas maintenant qu’il connaissait sa vraie nature, et puis, ce bras effrayant…
Le jeune blond restât bouche bée.
- Q…..Qu’est-ce que c’est que ça ? Tu es…
- Un Yokai.
Non, ce n’était pas possible, aucun théorème mathématique, aucune loi physique, aucune constatation biologique ne permettait d’expliquer ça. Sa main était littéralement transparente ! Hayate était tellement cartésien qu’il restât immobile pendant quelques instants. La lune éclairait la peau laiteuse de Masshiro, ses yeux aussi semblaient irréels, bien trop brillants. Voyant que l’humain était pétrifié, le démon chat s’approchât de lui, doucement, avançant au sol, enveloppé dans le drap. Ses mains… Hayate voyait le tatami à travers…
- J’ai des preuves que je suis bien le chat que vous avez vu ce soir-là .
Le cuisinier ne répondit rien, les yeux grands ouverts, les pupilles contractées comme s’il voyait le diable alors Masshiro posât doucement ses doigts fins gelés sur sa main chaude et la tirât à lui. A son contact Hayate eut un frisson gigantesque, se diffusant dans tout son bras jusqu’à sa nuque, même s’il ne l’avait jamais expérimenté, le chat savait très bien que de se faire voler son énergie n’était pas quelque chose d’agréable. « Je suis désolé, ça ne durera qu’un instant. » Chuchotât-il, coupable avant de déposer les doigts d’Hayate sur la cicatrice de son front. Il fermât son œil et les fit la caresser.
- Cette plaie date de cette nuit où vous m’avez sauvé. En tombant au sol, un rocher a abimé mon œil et depuis il est aveugle et a pris cette couleur étrange.
Hayate restât glacé de ce contact avec sa peau, il pouvait presque ressentir sa douleur ainsi. Alors… A cause de lui il était borgne ? Mais qu’est qu’il racontait ! Il se reprit, non, ce soir-là il l’avait sauvé ! Même si ce n’était que pour lui rendre la pareille, il avait risqué sa vie.
Le Bakeneko dirigeât ensuite la main d’Hayate sur sa jambe, un peu au-dessus du genou, une cicatrice coupait sa cuisse sur quelques centimètres et encore une fois, il la déplaçât doucement, effleurant juste sa peau.
- Cette cicatrice date aussi de cette nuit, une branche s’est plantée dans ma jambe. Maintenant, je boite.
Alors… Tout ça c’était bien vrai ? Les cicatrices, ses bras si peu opaques, qu’est-ce que ça voulait dire ? Il était bel et bien un Yokai ? Voyant toutes ces interrogations s’emparer d’Hayate, Masshiro voulût le rassurer, être rejeté par le blond aurait été pire que tout.
- Je… Ce n’est pas grave ! Et ce n’est pas de votre faute ! Mon œil et ma jambe sont un bien léger tribut à payer pour avoir trouvé mon promis.
Sa phrase eut l’effet d’une bombe pour Hayate qui se rendit compte que sa main était toujours sur la cuisse d’un homme, chat certes mais un homme tout de même, à moitié nu. Il la retirât brusquement et se relevât pour s’enfuir sur son lit. Dans quelle galère s’était-il encore fourré ?
- Ton promis ?
Masshiro sourit comme une jeune fille et détournât le regard en rougissant, ne faisant qu’augmenter les craintes d’Hayate qui fit une drôle de moue, à la fois dégoutée et effrayée.
- Oui, depuis que vous m’avez donné un nom nous sommes liés. Mais… Ne vous inquiétez surtout pas ! Je compte vous laisser vivre un peu avant de vous dévorer. Le temps de dire au revoir à vos proches, ce genre de chose.
« Quoi ? » Hurlât Hayate en se relevant à nouveau. Il devenait fou, il n’y avait pas d’autres raisons, dans quel monde vivait-il ? En une soirée un homme chat débarquait chez lui et lui disait comme s’il parlait de promenade, qu’il allait le dévorer ? Absurde, Hayate devenait fou.
- Oui, je dois vous manger après que nous nous soyons unis, c’est mon destin.
Masshiro avait parlé avec un tel enthousiasme, avait-il une simple idée de ce que ça impliquait pour Hayate ? Même s’il ne comprenait pas vraiment tous les tenants et les aboutissants de ce rituel, ça semblait aussi douloureux que peu souhaitable.
- Il n’en est pas question !
- Mais ! Hayate-san, c’est mon destin, je suis né pour m’unir à un humain…
- Fais ça avec qui tu veux mais pas avec moi !
Masshiro se relevât, entourant ses épaules du drap, comme un kimono, Hayate constatât que ses jambes étaient du même acabit que ses bras, translucides à leur extrémité, alors ce n’était pas une illusion d’optique.
- Mais Hayate-san m’a donné un nom, c’est le seul humain avec lequel je veux être.
- Quel privilège !
- Vous trouvez aussi ?
- C’était de l’ironie idiot ! Ne m’approche pas !
« Ironie ? » Questionnât l’esprit chat qui ne comprenait pas toutes les subtilités du comportement humain, Hayate secouât sa main devant lui avant de rajouter que ce n’était rien. Masshiro comprit le fossé qui les séparait, lui qui pensait que ce serait simple… Il ne se décourageât pas pour autant.
- Laissez-moi rester ici avec vous. S’il vous plait.
- Pour que tu te colles à moi à poil la nuit ? Ca va pas ?
- Si, je me porte bien, pourquoi ?
- Ce que je veux dire… C’est malsain de faire ça.
Masshiro eut l’air vraiment intrigué. Pour lui ça n’avait rien d’anormal, étant un chat, il avait l’habitude de vivre nu, alors qu’il soit humain ou sous sa forme naturelle… Qu’est-ce que ça changeait ?
- Vous n’aimez pas quand je dors avec vous ? Pourquoi ?
Hayate rougit, lui qui d’ordinaire n’était pas gêné pour un sou. Il était de plus en plus embarrassant.
- Tu es un homme, même si tu es un chat, et un homme ne se colle pas à un autre homme comme ça, nu.
- Pourquoi ?
- Parce que c’est comme ça ! Et ne me poses plus ce genre de questions !
Masshiro se rapprochât, souriant doucement. Hayate avait quelque chose de sécurisant, il aurait voulu se blottir dans ses bras et dormir encore un peu, au chaud, il le sentait, son énergie déclinait.
- Alors ça veut dire que je peux rester ici ?
- Quoi ?! Je n’ai jamais dit ça ! De toute façon tu veux me dévorer n’est-ce pas ?
- Oui…
- Alors c’est hors de question !
Masshiro détournât son regard avec un air contrarié, c’était son destin, il ne pouvait pas faire autre chose que de s’unir avec Hayate, sinon il continuerait à pomper son énergie indéfiniment.
- Mais que vous m’acceptiez ici ou pas, je vous mangerais Hayate-san. Pourquoi vous ne voulez pas ? Mourir n’est pas si grave.
« Qu’est-ce que tu en sais ?! Ne me traque pas ! » Hurlât Hayate, complétement terrifié. Apparemment, les dires du Bakeneko étaient vrais, il avait vraiment été ce chat, alors cette histoire de le dévorer, ce pouvait être également vrai. Il voulût demander à Masshiro de le laisser, seulement, sans prévenir celui-ci s’affaissât comme une poupée de chiffon, dans les draps froissés. Hayate ouvrit de grands yeux avant de le regarder, étendu au sol, ses yeux étaient à moitié clos, il semblait sur le point de s’endormir, seulement, son torse fin et menu se soulevait avec une rapidité impressionnante. Il rappelât un poisson hors de l’eau au cuisinier, comme ces anguilles qu’il devait torturer contre son gré. Il s’approchât alors du Bakeneko, l’évaluant de haut. « Hum… Tu fais quoi là ? Tu t’unis au sol ? ».
Masshiro ne dit rien, fixant ses yeux sur Hayate qui le regardait, simplement. Il manquait d’énergie maintenant, conserver son apparence humaine dévorait littéralement toute celle qu’il avait emmagasiné en dormant contre le cuisinier.
Il n’avait d’autre choix, son avenir ne se construisait qu’en s’unifiant au jeune homme, enfin, ne plus être seul, ne plus avoir peur dans la forêt, il voulait ne faire plus qu’un avec lui alors réunissant ses dernières forces il tendit sa main transparente vers Hayate, les yeux pleins de larmes. « S’il vous plait… Je veux être avec vous… Ne me laissez pas seul… »
Le jeune homme serrât ses poings, abandonner quelqu’un qui avait besoin de lui… Encore une fois, ne savait-il faire que ça en fin de compte ? Il déglutit péniblement. Il était hors de question de se faire dévorer par une créature étrange alors… Quelle solution ? Il avait surtout besoin de temps et il en manquait. Trouver un moyen de se débarrasser de Masshiro sans qu’il ne revienne pour le dévorer… Que faire … Il restât immobile quelques secondes avant de s’accroupir, au sol, à côté de lui. Il sourit, un peu forcé.
« Faisons un contrat Masshiro, je t’autorise à rester ici à une condition, que tu ne me manges pas avant trois mois. »
Oui, il lui fallait du temps pour trouver une bonne solution à cet étrange problème.
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Dernière édition par Yusuki le 16.09.11 11:00, édité 4 fois |
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